– Maître, Warl est revenu, dit une voix aigüe qui sifflait.
– Bien, répondit la voix grave du chef des Elites Noires. Il était assis sur un fauteuil couvert de métal noir, d’où sortent des dizaines de lames derrière le dossier. Sa lame et son fourreau était posés debout, appuyé contre l’accoudoir du bras gauche, à portée de main de son possesseur. Il attendait calmement que Warl pénètre dans la salle pour lui faire son rapport, sans bouger. Quelques minutes après, les grandes portes s’ouvrirent pour laisser passer une silhouette presque aussi grande.
– Tu vas aimer les nouvelles que je t’apporte, Sephiroth. Warl n’avait pas changé, aucune entaille n’était née sur le visage bourru de l’Elite Noire. Pourtant il était couvert de sang, mais ce n’était pas le sien. Il y a des groupes d’éclaireurs à la frontière, à l’ouest de notre position. J’ai aussi reçu des nouvelles des Silithides, qui m’expliquent que beaucoup d’humains patrouillent non loin de leurs ruines. Quand ils peuvent, ils les tuent, mais certains ne sont pas assez téméraires pour s’aventurer à proximité des Qirajis.
– Ils tuent des humains ?! Quels idiots, s’ils patrouillent c’est qu’ils sont sur la défensive. Ils ne vont que confirmer leurs doutes. En tout cas, qu’ils continuent de surveiller la frontière, nous devrions pouvoir les prendre par surprise. Dès que Phenyxia sera de retour, nous pourrons débuter notre marche en direction de Daline.
– Comment compte tu t’y prendre ? demanda Warl, une pointe d’inquiétude dans la voix. Warl n’était pas du genre à réfléchir dans une bataille, mais il aimait savoir où il allait. Daline sera bien protégée, ils disposent de très bons mages ainsi que d’invocateurs de talents. Sans compter les académiciens capables de servir et qui feront de redoutables adversaires.
– Depuis quand es-tu devenu peureux ? demanda Sephirothn hautain, et gêné de voir une Elite Noire inquiète à la vue d’une bataille.
– Je n’ai pas peur, je me demande simplement si tu as pris en compte tout ce que nous aurons à affronter. Daline n’est jamais tombée, même du temps de Madava.
– Madava ne comptait que sur sa puissance et celles de ses Elites Noires. Peu importe la puissance de Daline, mon armée en viendra à bout. Je ne me suis pas allié avec les Silithides pour leurs puissances au combat, mais pour le surnombre qu’ils apporteront. Ils détestent les humains, ils voudront les tuer dès qu’ils en verront, ce qui fera d’eux de très bonnes premières lignes pour mettre à mal les défenses de la capitale.
– Le champion qu’a tué Phenyxia était puissant et très grand. Il ne doit pas être le seul de sa race. Si plusieurs d’entre eux nous les accompagnent, ils pourraient faire tomber les murailles.
– J’avais effectivement pensé à eux, mais je me demande ce que nous fournira le maître des ruines d’Ahn’Qiraj. Il ne nous fait pas confiance, nous sommes des humains pour eux. Il faudra se préparer à ce qu’ils se retournent contre nous dès que Daline tombera.
– Nous ne leurs en laisserons pas l’occasion, rajouta Warl, un sourire malsain naissant sur son visage.
Phenyxia venait d’apparaître dans la salle où se trouvaient Warl et Sephiroth, elle était toujours vêtue de sa robe pourpre, mais cette fois-ci, un bâton s’étendait de tout son long attaché à son dos. Le manche ainsi que la pierre dont il était doté étaient de couleur identique à la tenue de la magicienne. Des motifs en or pur étaient gravés dessus. Il semblait très ancien, plus que celui que possédait Yuna, et dégageait une puissance chaleureuse que même un non-mage pouvait sentir. La pierre, une améthyste taillée avec précision, représentait une flamme, figée, qui émane la chaleur que dégage le bâton. Les deux hommes se tournèrent vers elle, une lueur d’impatience dans les yeux. Tout comme Warl, elle souriait à son arrivée.
– Ma rune de téléportation est en place, commença-t-elle. Nous pouvons débuter le transfert dès maintenant, si tu le souhaite.
– Bien, ne perdons pas de temps alors. Rassemblez tout le monde, la première téléportation va avoir lieu. Nous ferons partie du voyage, je veux m’assurez de l’endroit où notre armée va se retrouver.
– Ne fais-tu pas confiance à ma magie ? demanda Phenyxia, une pointe d’amertume dans la voix, vexée que son maître veuille vérifier le résultat de son sort. Sephiroth la fixa avant de répondre calmement.
– J’ai confiance en ta magie, mais j’ai peur que si nous ne sommes pas dans le convoi de tête, les Qirajis attaquent notre armée. Bien, allons-y, nous avons assez perdu de temps.
– Pourquoi te précipites-tu ? l’interrogea Warl.
– La capitale est en alerte, et les patrouilles que tu as croisées ne viennent pas de la capitale mais des villes alentours. Plus nous attendrons, plus ils auront le temps de préparer de puissantes défenses. Notre première cible sera le comté d’Humberland, qui possède de grande magie et de nombreux sorts capable de nous faire défaut.
– Le problème d’Humberland, c’est qu’ils sont capables de se téléporter, certains pourraient atteindre Daline depuis la ville, ce qui gâcherait l’effet de surprise. Phenyxia venait de toucher un point sensible, l’effet de surprise, leur plus grande force contre la Capitale.
– le comté de Gharve serait un meilleur choix, rajouta Warl. Leurs combattants sont des guerriers et non des mages, la cité n’est pas très étendue, quelques dizaines de milliers d’habitants, nous pourrions contourner leurs patrouilles en rasant toute la côte ouest de l’empire. Il ne nous faudrait pas plus de douze jours pour atteindre la capitale de cette manière.
Sephiroth réfléchissait silencieusement. Le point que soulevait Phenyxia était primordial pour son plan. Il ne faut pas qu’ils voient dans le jeu des Elites Noires. La solution de Warl semblait plus sage et plus simple. Trop simple pour que ça fonctionne. Alanya devait avoir chargé des mages utilisant la téléportation dans toutes les villes, ce qui leur offrirait une idée de la progression de l’armée de Sephiroth.
– Nous allons nous séparer en trois groupes. Les deux mages écoutèrent en silence le plan de leur maître, cherchant le moindre oublie de sa part, afin d’établir la route parfaite jusqu’à la capitale. Je vais avoir besoin de votre capacité de commandement à tous les deux. Warl tu prendras le commandement des Auras Noires ainsi que de nos hommes. Tu te chargeras de Humberland, puis tu te dirigeras vers Miist. Pille, brûle et tue tout ce que tu trouves dans ces deux villes. Vous ne serez pas téléporter à Ahn’Qiraj, vous partirez d’ici, pour arriver de l’est de la ville. Assure toi simplement que des mages puissent se rendre à Daline prévenir de nos agissements. Il ne faut en aucun cas qu’ils puissent s’apercevoir que c’est toi qui tiens le commandement, tu as compris ? Warl opina du chef. L’attention de Sephiroth se porta maintenant à son bras droit. Phenyxia, tu prendras le commandement des Qirajis, tu demanderas à Skeram de t’accompagner et de choisir pour la première bataille ses guerriers les plus rapides.
– Les plus rapides ? demanda-t-elle, ne voyant pas où il voulait en venir.
– Oui, les plus rapides. Vous devrez faire tomber la ville le plus vite possible, tu laisseras le commandement à Skeram le temps de l’attaque de Gharve, mais tu le reprendras dès que la ville sera tombée.
– Pourquoi devrais-je laisser cette chose diriger ?
– Pour deux raisons simples. Il faut absolument décimer la ville sans que personne ne puisse avertir Daline que notre force de frappe est séparée en plusieurs groupes. Skeram sera un meilleur commandant pour les Silithides que tu ne le seras à ce moment-là. Il connaît mieux ses guerriers, et ils seront plus enclins à l’écouter. La seconde raison c’est que tu seras trop occupée pour te soucier du commandement. Tu prendras Nesterya avec toi, ça sera très édifiant pour elle. Je veux qu’avant que l’assaut ne soit lancé, tu crées un dôme d’environs une quinzaine de kilomètre de rayon qui fera office de barrière magique. Il ne faut pas que la magie soit capable de passer au travers, mais il faut qu’elle soit utilisable dans la zone que recouvre le dôme. Nesterya, quant à elle, devra utiliser un sort de reconnaissance de vie, et si possible, communiquer avec les Qirajis pour qu’ils trouvent les rescapés et les exterminent au plus vite.
– Je ne comprends pas ce que tu cherches à faire, répondit la magicienne. Ça serait gâcher beaucoup de puissance pour peu de résultat, Daline finirait par s’apercevoir que Gharve ne répond plus, et si nous laissons des mages s’enfuir de Humberland, ils sauront que nous avions deux groupes.
– Il faut cinq jours de marche rapides pour atteindre Gharve depuis Humberland. Il suffira de laisser ce délai s’écouler, ils penseront que nous cherchons à décimer toutes leurs villes en finissant par Daline. Miist n’est qu’à trois jours de Gharve, et sept de Humberland. Nous accorderons un jour de repos à nos guerriers pour qu’ils récupèrent avant d’assaillir le comté de Gordius. Si aucune information ne sort de Gharve, les temps entre les attaques sembleront cohérents. Vous remonterez la côte ouest, toi en tête du cortège, tu repéreras les humains et les empêcheras d’aller répandre la nouvelle d’une armée Silithide se dirigeant vers la capitale. Est-ce clair pour toi aussi ?
– Je ferais mon possible. Et toi, que feras tu pendant ce temps-là ?
– J’irais chercher une Elite Noire, la dernière, que nous ne voyons plus depuis des années. J’emmènerais Selenya et Anathès avec moi. Ils n’ont pas votre expérience, c’est pourquoi je ne leur confie pas le commandement des armées, mais je ne peux me rendre seul là-bas. Si nous pouvions avoir son soutien, nous aurions une troisième armée avec nous. Warl ne put réprimer sa stupeur.
– Tu comptes une armée pour une Elite Noire ?! Est-il aussi puissant que ça ?
– Connaissez-vous les cinq Elites Noires ?
– Phenyxia, la magicienne du chaos. Warl venait de présenter son amie avec un sourire qu’elle lui rendit avant de répondre à son tour.
– Warl, le cruel.
– Selenya, l’impitoyable.
– Anathès, le corrupteur. Voyant qu’aucun des deux ne savait qui était la cinquième Elite Noire, Sephiroth reprit la parole.
– La dernière Elite Noire ne vous est pourtant pas inconnue, elle est très ancienne. Tellement que tout le monde la croit morte. Sandro, le faucheur d’âme.
– Sandro est encore en vie ?! Voilà maintenant des années que nous n’avons pas entendu son nom être prononcé, s’exclama Phenyxia. Es-tu sûr de pouvoir le rallier à notre cause ? Bien qu’il s’agisse d’une Elite Noire, il n’a jamais montré son attachement à ses pairs.
– Il ne viendra pas pour nous, mais pour autre chose qu’il convoite depuis des décennies.
– La réputation de Sandro n’est plus à faire, certes, mais il ne comptera jamais comme une armée aussi puissante et utile que le seront les Qirajis.
– Connaissez-vous l’origine du titre de Sandro ? Les deux firent non d’un geste de la tête. Sandro, le faucheur d’âme, était un mage de Humberland, très puissant comparés à ses pairs. Il est devenu le mage le plus puissant de cette cité à peine sorti de l’académie. Il avait à disposition de nombreux ouvrages, notamment ceux parlant de magie noire. Un jour, alors qu’il étudiait, il parcouru un livre qui parla d’une relique permettant de lever les limites des pouvoirs de son possesseur. Cet artefact l’obséda des mois durant, il lut tout ce qu’il trouva sur cet objet avant de monter une expédition pour la retrouver. Son dernier lieu connu était dans les grands froid du nord, à Ulduar. Ce qu’il se passa là-bas reste un passage inconnu, seul lui peut savoir ce qu’il est arrivé à son groupe. Il fut le seul à en revenir, victorieux car il avait ramené la relique, mais la mort de ses compagnons le tourmentait. Il vécut seul pendant des années à chercher comment fonctionnait l’objet qui a couté la vie à bon nombre de personne. L’artefact était une dague, courte d’une vingtaine de centimètres, au manche et à la lame d’un bleu glacé, entouré d’une magie tellement puissante que son aura était visible à l’œil nu, tel un filet turquoise. Un soir, un voleur tenta de lui subtiliser l’objet et il dut se battre contre lui. N’étant pas un combattant dans l’âme, il fut mis en difficulté et fut obligé de se servir de la dague pour venir à bout de son assaillant. L’homme, transpercé au niveau de l’abdomen, tomba à genoux, puis sur le torse. Sandro se retourna pour laver sa dague, lorsque le voleur qu’il venait de mortellement blesser se releva. Mais au lieu de se ruer sur lui, il se contenta d’une simple phrase : « Je suis votre serviteur, maître ». Sandro se retourna, effrayé tout d’abord, puis observant attentivement l’homme qui se tenait devant lui. Il était de la même couleur que la lame, entourée par le même filet de magie. De même, il se sentit capable de faire des déplacements silencieux, comme l’avait fait l’homme qu’il venait de tuer, comme s’il venait de récupérer son savoir et son agilité. Inutile de vous expliquer ce qu’il est devenu après, il tua tout ce qu’il jugea mauvais et se fit une petite garde, qui furent appelés Chevalier de la mort. Il finit par tuer tout ce qu’il trouva, devenant plus puissant qu’aucun mage et même qu’aucun guerrier ne l’a jamais été. Je pense que c’est ce qui lui a valu de devenir une Elite Noire, il a massacré des villages innocents pour son propre plaisir, tué des femmes et des enfants juste pour être plus puissant de quelques forces.
Sephiroth eut un rictus et réfléchissait déjà à comment il allait atteindre son vis-à-vis. Il savait où se trouvait Sandro, mais il fallait être prudent avec lui. Il avait confiance en sa diplomatie, et pouvait effectivement lui offrir ce qu’il convoitait, mais ça ne sera pas simple de s’allier avec un homme aussi puissant. Les Qirajis pouvaient se retourner à tout moment contre eux, si Sandro et ses Chevaliers de la mort s’y mettent aussi, ses hommes ne pourront rien faire pour survivre.
– Je vous confie les armées, je viendrais vous voir dans neuf jours, au nord de Miist, en direction de Daline. Vous m’attendrez dans une petite ville du nom de Bahls. Ne me décevez pas. Et inutile de vous préciser de raser toutes les villes que vous trouverez sur votre passage.
Dans un même bruit, les trois disparurent, s’attelant à la tâche qui leur a été confié par le chef des Elites Noires.