Juventas sorti du sanctuaire d’un pas pressé, à la recherche de ses amis. Ils avaient été encouragés par Alanya à découvrir la capitale, qu’ils n’avaient visitée qu’à très peu de reprises. Leur entraînement était terminé et un soleil d’or brillait au-dessus de la cité.

Uriel, sa sœur cadette ainsi que Drael déambulaient dans l’allée principale, l’esprit léger, goûtant aux friandises que proposaient les commerçants. Les rares missions que Jupiter leur accordait leur avait permis de ne pas manquer d’argent, et vu qu’ils n’avaient pas l’occasion de le dépenser, ils décidèrent d’en profiter dès qu’ils le pouvaient.

Ils s’arrêtèrent devant les portes imposantes de l’académie de magie. Elles étaient ouvertes et libéraient l’accès aux postulants, enseignants et toutes personnes désirant la visiter. Khiera, curieuse de nature, se laissa guider inconsciemment et pénétra dans l’enceinte du bâtiment. Le chemin traversait une cour coupée en deux parties symétriques. Sur la partie gauche se trouvait une classe d’une trentaine d’élèves qui écoutaient le savoir d’un professeur, et sur l’autre partie, une seconde classe aussi nombreuse observait leur maître pratiquer un exercice avec un élève. Les trois amis furent tout d’abord ébahi par la beauté du lieu, l’espace offert aux étudiants et les conditions d’apprentissages qui régnaient ici.

Ils observèrent ensuite plus précisément les étudiants. Tous trois avaient pour objectif de venir étudier ici, si Jupiter l’autorisait, car il s’agissait de la plus prestigieuse école de magie de tout l’empire humain. Pour être accepté ici, il fallait être quasi exceptionnel, ils en avaient conscience, et bien qu’ils aient appris tardivement la magie et le combat, leurs entraînements avec dame Alanya et Jupiter avaient comblé cette lacune depuis peu.

Dans les couloirs où les allés et venus sont fréquents, de nombreuses enseignes étaient accrochées aux murs. Uriel fut le premier à s’arrêter pour en lire une, ce qui intrigua les deux autres qui firent de même.

Ils purent notamment apprendre que plus de trois milles élèvent étudiaient la magie et le combat sous toutes ses formes. L’enseignement était réparti sur cinq années, ne comportait que très peu de pause et mettait les nerfs à rude épreuve. Pour valider une année, un examen ainsi qu’une mission de rang supérieur à l’année précédente doit être exécutée, réussie et approuvée par le conseil de l’académie. Il était fréquent que dans cet apprentissage, de nombreuses personnes abandonnent, dépassé par le niveau requis, ou étaient tout simplement tués lors de missions. La répartition des élèves par année actuellement était la suivante : mille-deux-cents-six premières années, huit-cents-vingt-deux secondes années, cinq-cents-trente-sept troisièmes années, trois-cents-douze quatrièmes années et cent-quarante-neuf dernières années.

– Presque quatre-vingt-dix pourcent des premières années n’atteindront pas la dernière année, commenta Uriel. Ça doit être décourageant pour les nouveaux de constater ça.
– Pas que pour les nouveaux, s’inquiéta Khiera d’un ton qui ne cachait pas son appréhension.
– Ne te tracasse pas, lui répondit Drael, je pense que notre entraînement nous permettra d’être au niveau. Après tout, tu es une élève de Dame Alanya.
– Il ne me suffit pas d’être bonne en magie de soin pour sortir diplômé de cette académie, Drael. Malheureusement, soupira-t-elle.
– De toute façon, ce n’est pas le moment de t’en préoccuper, souligna Uriel qui tapotait du doigt sur l’affiche avant de faire demi-tour en direction de la sortie.

Les deux autres se concentrèrent sur ce qu’avait pointé Uriel pour y découvrir un critère qui excluait pour le moment Khiera. « Tout étudiant devra avoir au moins dix-sept ans pour commencer son apprentissage. ». Cela sembla la calmer, comprenant qu’elle ne prenait aucun retard pour le moment. Ce qui n’était plus le cas pour Uriel et Drael, qui avaient dépassé les dix-sept ans depuis plusieurs mois, mais ils n’avaient pour le moment pas l’aval de Jupiter pour s’y inscrire, donc la question ne se posait pas.

Alors qu’ils repartaient, et rattrapaient Uriel qui s’était arrêté à son tour, ce dernier semblait absorbé par ce qu’il lisait sur une autre affiche.

– Qu’est-ce que tu lis ? demanda Drael.
– La liste des missions disponibles pour les étudiants. C’est intéressant de voir le niveau estimé. Regarde. Une mission de niveau trois, disponible pour les étudiants de première année. Quatre et cinq pour les secondes années, cinq et six pour les troisièmes années. Uriel fronça les sourcils, visiblement contrarié par la suite du document.
– Pourquoi t’arrêtes-tu ?
– Les missions ne dépasse pas le niveau six, même pour les étudiants de dernière année.
– C’est normal, intervint un homme qu’aucun d’eux ne connaissait. Il était brun, les cheveux ébouriffés, la quarantaine, un visage tuméfié par un récent combat. Le doyen a négocié avec l’impératrice pour qu’on donne des missions aux étudiants afin de les former. Mais elle a eu plusieurs exigences, notamment qu’aucune mission au-delà du niveau six ne leur soit accordé.
– Et pourquoi cette limite ? demanda innocemment Khiera.
– Tout simplement car les rangs sept et supérieurs sont considérées comme hautement risquées ou d’affaire d’état. Ces missions ne sont offertes qu’aux puissantes guildes ou à des missionnaires lorsque le royaume ne peut intervenir. Il y a tout de même quelques exceptions. Si un professeur accompagne les étudiants de dernière année, il est possible d’exécuter une mission de rang sept.
– Il y en a souvent qui participent à ces missions ?
– La dernière en date, c’était il y a deux ans, mais le professeur ainsi que les trois étudiants sont morts sauvagement mutilés. Peu prennent le risque, malgré la récompense.

Ils jetèrent tous un coup d’œil furtif à la prime offerte aux missions de rang six, et furent surpris de la somme qu’ils y trouvèrent.

– Vingt-deux milles zils, s’exclama Drael. C’est une sacré somme pour une mission.
– C’est une mission de rang six, mon jeune ami. Tu y risques ta vie, ça peut te prendre plusieurs mois et si tu échoues, tu n’es pas rémunéré. Mais ne soyez pas impressionné par cette somme, les missions de rang sept dépassent parfois les cent milles zils. Et je ne vous parle pas des missions de rang supérieur.
– Les rangs dépassent le sept ? s’étonna Khiera.
– Tu pensais que les étudiants n’étaient interdits de mission que pour le dernier rang ? lui demanda Uriel. Pouvez-vous nous décrire ces rangs monsieur, s’il vous plaît ?
– Montyo, le cours a commencé depuis cinq minutes, tu vas te faire engueuler une nouvelle fois si le doyen te voit encore ici, hurla soudainement une femme au bout du couloir.
– Merci Lessa, répondit le dénommé Montyo en lui faisant un geste discret de la main. Je dois vous laisser, pardonnez-moi, mais si vous tenez à en savoir plus, regardez l’affiche au bout du couloir, elle résume parfaitement les différents rangs jusqu’au sept inclus.

Montyo s’en alla d’un pas pressé, à la limite de la course, en direction de son cours. Les trois jeunes mages se dirigèrent vers l’affiche dont parlait l’homme et purent découvrir toutes les informations qu’ils désiraient.

« Le terme mission désigne un objectif à accomplir pour lequel le ou les protagonistes seront rémunérés du montant ou de l’objet dont il était question lorsque le contrat a été établit.

Les missions sont réparties en rang de difficultés, allant de un à sept dans cet établissement, et en nombre de personnes conseillé. La somme contractée est le total que touchera l’équipe et non la part individuelle.

Le rang un : Concerne les missions de très petites envergures, souvent individuelles et servant aux jeunes écoliers à faire leurs premières armes dans le domaine. Elles restent toujours locales et surveillées. La prime varie de dix à trente zils.

Le rang deux : Concerne les missions de petites envergures, souvent individuelles et servant aux écoliers à parfaire leurs premières armes. Elles restent toujours locales, sauf exceptions des missions en équipes qui peuvent obliger les protagonistes à sortir de la ville. La prime varie de vingt à soixante zils.

Le rang trois : Concerne les missions d’envergure moyennes, souvent en équipe, servant à résoudre des conflits locaux, voir à attraper des voleurs à l’étalage. Elles sont souvent locales mais il n’est pas rare de devoir sortir de la ville. La prime varie de cent à quatre cents zils.

Le rang quatre : Concerne les missions d’envergure moyennes, quasiment toujours en équipe, servant à résoudre des conflits persistants que les soldats de l’empire n’ont pas le temps de traiter. Il s’agit du premier palier dont les missions sont considérées comme mortellement dangereuses. La prime varie de deux milles à quatre milles zils.

Le rang cinq : Concerne les missions de grandes envergures, toujours en équipe. Les demandes sont diverses et variées, passant d’une escorte dangereuse à la protection d’un lieu. Sauf cas exceptionnels, ces missions sont toujours hors de la ville. La prime varie de cinq milles à dix milles zils.

Le rang six : Concerne les missions de grandes envergures, toujours en équipe, avec au minimum une personne du rang d’académicien. Ce rang demande des compétences plus affûtés que les rangs précédents car ce sont des missions de protections rapprochées, d’assassinats ou de récupération de prisonniers. La prime varie de quinze milles à quarante milles zils.

Le rang sept : Concerne les missions considérées comme d’importance majeure par l’empire. Une équipe de quatre personnes est obligatoire pour la mener à bien, dont au moins une est de niveau de maître. Sauf dérogation, elles ne sont accordées qu’aux mages confirmés de l’armée ou aux guildes ayant fait leurs preuves. La prime varie de quatre-vingt milles à deux-cent trente milles zils.

Il existe d’autres rangs supérieurs, mais ceux-ci ne sont pas traités dans l’académie. Ces missions, outre l’expérience qu’elles apportent, permettent aux étudiants de payer l’établissement afin qu’il continue chaque année d’accueillir de nouveaux élèves. »

– Quel rang avez-vous déjà fait avec Jupiter ? demanda Khiera, qui avait fini de lire avant les autres.
– Rang cinq, répondit Drael, il s’agissait d’escorter la fille d’un riche commerçant qui craignait qu’elle se fasse enlever. D’ailleurs il a eu raison, un groupe de bandit nous a attaqué quand on est rentré dans la forêt au nord d’Humberland.
– C’était la première fois que je coupais un membre à autre chose qu’une matérialisation de Jupiter, se souvenait Uriel, nostalgique.
– Avec Juve on a eu le droit qu’à une mission de rang quatre, continua Khiera, déçue. On nous avait chargé de ramener un prisonnier récemment évadé. Jupiter nous suivait mais n’a pas eu besoin d’intervenir, nous l’avons arrêté toutes les deux, s’exclama-t-elle fièrement.
– Si on suit l’ordre donné, nous sommes des étudiants de troisième année, et toi de seconde. L’examen d’entrée devrait être une formalité, s’enflamma Drael.

Ils finirent leur discussion tout en se dirigeant vers la sortie. Un commerçant vendant des friandises intéressa Uriel et sa sœur qui foncèrent à son stand. Quelques personnes y faisaient la queue, et l’avenue principale était plus remplie qu’avant leur escapade à l’académie. Ils prirent chacun une confiserie et un soda, qu’ils dégustèrent en continuant leur visite de la ville.

Des gardes patrouillaient dans toute la cité, ce qui les choqua car ils étaient bien plus nombreux que dans leur monde. Par groupe de cinq, habillé d’un uniforme militaire bleu sans couvre-chef hormis pour celui qui semblait être gradé, une lame rangée dans son fourreau accroché à leur dos, ils ne passaient pas inaperçu.

– C’est déjà la troisième que l’on croise depuis le début de l’après-midi, fit remarquer Uriel.
– Tu penses que c’est normal ? interrogea Drael. Jupiter disait pourtant que Daline était la ville la moins sujette aux crimes.
– Le nombre de patrouilles doit en décourager plus d’un, répondit instinctivement Uriel, qui venait de lâcher du regard les militaires après que ces derniers se soient engagés dans une rue adjacente.
– Mais pas celui-là, continua Khiera. Regardez, il vient de piquer la bourse d’une gamine. Je déteste ce genre de voleurs.

Khiera abandonna son frère et leur ami pour suivre le voleur. Elle se fondit dans la foule sans quitter des yeux le bandit.

– C’est pas une gamine, soupira Uriel. Elle doit avoir son âge, ajouta-t-il à l’intention de Drael qui s’apprêtait déjà à donner un coup de main à la jeune magicienne.

Le voleur s’engouffra dans une ruelle sombre très peu empruntée et continua de courir, bien qu’il n’ait pas remarqué être suivi. Uriel les laissa s’en occuper mais alla alerter la jeune adolescente de ce qui venait de lui arriver. Tout en la rassurant, il lui fit accepter d’attendre sans bouger qu’ils reviennent.

Khiera fini par se faire remarquer, ce qui ne lui échappa pas. Cette dernière ne le lâchait pas d’un pouce et gagnait du terrain au fur et à mesure. Ils rejoignirent un axe plus peuplé et le voleur tenta de se dissimuler dans la foule abondante. Bien résolue à l’attraper, la jeune humaine lança un sort de détection, pensant qu’il possédait une force magique en lui. Mais le sort échoua, il était indétectable. Aucune puissance n’émanait de lui. Impossible de savoir si c’était l’œuvre d’un bouclier magique, où s’il n’en utilisait tout simplement pas, mais le résultat restait le même. Elle sauta sur le toit d’une échoppe qui faisait l’angle de la petite ruelle et observa patiemment que le voleur réapparaisse.

Drael utilisa le même sort qu’elle et sentit la présence de son amie sur le toit. Comprenant ce qu’elle cherchait à faire, il resta au sol et tenta d’obliger le voleur à sortir de la foule. Il venait de faire le tour de l’intersection, quand il remarqua une attitude suspecte.

Soudainement, un cri de douleur se fit entendre à l’endroit qu’il fixait. De longues racines traversèrent de part en part les mains d’un homme, et se refermèrent aussitôt, l’immobilisant au sol. Le hurlement attira un officier qui s’occupa d’arrêter le voleur, tandis que Khiera récupérait la bourse et la ramenait à sa propriétaire.

– Voici ta bourse, jeune fille.
– Je … merci, répondit timidement la jeune fille. Je vous suis infiniment reconnaissante.
– Ce n’est rien, ajouta humblement Khiera. Bien que son attitude fût irréprochable, son frère savait qu’elle était friande de ce genre de moment.

Ils repartirent presqu’immédiatement, lorsqu’ils furent rejoint par Juventas, qui leur fit la visite guidée de la ville. Ils en profitèrent pour discuter longuement à propos de l’université de Daline, que Khiera et Juventas espèrent intégrer un jour.

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