Les fantômes du passé
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Histoire

Les grandes plaines désolées de l’Ouest des Maleterres s’étendaient à perte de vue, balayées par un vent froid chargé des relents d’un passé sanglant. À l’horizon, les ruines d’Andorhal apparaissaient, noircies par les flammes anciennes et infestées de présences mortes. Les deux héroïnes ralentirent le pas à l’approche de la vieille route pavée menant à la cité. Elles furent accueillies par deux figures imposantes postées à l’avant-poste de la Croisade d’Argent. L’un, en armure de sombre acier, émanait une froideur calme, Thassarian, chevalier de la mort de l’Alliance. L’autre, Lourid, était un squelette mort-vivant, vétéran des croisades et relevé par le chevalier de la mort présent à ses côtés..

Vous voilà donc… murmura Thassarian en les scrutant. Nous attendions du renfort, mais pas… vous.
Ce sont les ordres du maître des griffons, expliqua Nemelya d’un ton assuré. Nous venons aider à reconquérir Andorhal.
Le fléau est actif, les morts se lèvent plus vite qu’on ne peut les abattre, répondit Lourid. Vous tomberez vite dans le bain. L’heure n’est pas à la présentation.

Les premières tâches furent brutales. Squelettes à la chaîne : des armées de morts-vivants, animés par une magie sombre, marchaient depuis les cryptes vers le cœur de la ville. Les deux amies, aux côtés des soldats de l’Aube d’Argent, taillèrent dans la masse des revenants, une flamme verte crépitant dans les paumes de Mystrelia, tandis que Nemelya, radieuse, fauchait les cadavres d’un revers de marteau béni.

Puis vinrent les Machines de guerre, de terribles engins construits à partir d’ossements et de pièces métalliques, que les deux femmes durent neutraliser sous une pluie de carreaux et de feu profane.

Nemelya observait le champ de bataille d’un regard fixe, son visage devenu grave. Ses poings se serraient à chaque cri d’agonie, à chaque grondement rauque des morts.

Ces hurlements… cette odeur… tout est pareil, murmura-t-elle, le regard perdu.
Tu as connu tout ça ? demanda doucement Mystrelia.
Ma famille… tout un village… je n’ai rien pu faire. J’étais trop jeune. Trop faible.
Tu ne l’es plus maintenant, répliqua la démoniste. Et tu n’es pas seule.

Nemelya hocha la tête. Silencieusement. Leur prochaine mission les mena dans le centre d’Andorhal. Une horde de fanatiques nécromanciens et d’abominations sans nom y répandait leur corruption. Mais le plus redoutable restait à venir. Dans le cœur même d’Andorhal, sous un ciel noir et zébré d’éclairs impies, Cliquettripe, un squelette haut comme deux hommes, se tenait en garde aux côtés d’Araj l’Invocateur, un ancien archimage maudit, devenu le bras droit du fléau dans la région. Le combat fut titanesque.

Mystrelia incanta des salves de feu gangrené, frappant les flancs osseux de Cliquettripe tandis que Nemelya, en bouclier, retenait les assauts furieux de l’abomination. Chaque coup soulevait un souffle pestilentiel. Araj, de son côté, psalmodiait des incantations, invoquant des ombres et des éclairs de magie noire pour les déstabiliser. Nemelya s’effondra un instant, rattrapée par une onde de choc. Elle vit le visage d’un frère, d’un père peut-être, dans le masque décomposé d’un goule. Le passé la paralysa.

Nemelya ! cria Mystrelia, concentrant sa volonté pour invoquer un marcheur du néant entre sa sœur d’armes et Araj.

La lumière revint dans les yeux de la paladine. Sa colère devint lumière. Elle frappa. Un coup. Deux. Puis trois. Le cœur pestilentiel de Cliquettripe s’éteignit dans un gargouillis abject. Araj, hurlant de rage, tenta une dernière incantation. Mais Mystrelia l’interrompit, un éclair d’ombre pure traversant sa silhouette et fauchant l’invocateur en pleine gorge. Le silence tomba sur Andorhal. Les cendres de la bataille retombaient lentement, portées par le vent.

Tu l’as fait, murmura Mystrelia.
Non… nous l’avons fait, répondit Nemelya avec un sourire faible.

Lourid vint à leur rencontre, suivi de Thassarian.

Vous avez purgé la corruption d’Araj. Ce n’est pas rien. Beaucoup ont péri en tentant de l’abattre. Vous êtes des championnes aux yeux de l’Aube d’Argent.

Mais Nemelya ne souriait pas encore. Le poids du passé était toujours là, silencieux. Mystrelia le sentit. Et pourtant, une lumière nouvelle brillait dans les ruines. Et leur route ne s’arrêtait pas là. Alors que les derniers échos du combat s’éteignaient dans les ruelles brisées d’Andorhal, le vent s’éleva, portant avec lui les cendres de l’ancien fléau. Mystrelia et Nemelya marchèrent côte à côte, en silence, au milieu des ruines encore fumantes. Autour d’elles, les soldats de l’Alliance reprenaient lentement possession des lieux, érigeant des barricades, soignant les blessés, rendant hommage aux morts. Thassarian s’éloigna vers ses troupes, tandis que Lourid les salua d’un geste respectueux avant de repartir à ses fonctions.

Ce n’est qu’un début… souffla Nemelya en fixant l’horizon.
Et ça ne fait que raviver les plaies, répondit Mystrelia avec une pointe de tristesse.
Il nous reste du chemin à faire ici. Beaucoup de ténèbres encore à dissiper.

Le soleil se couchait lentement sur Andorhal, teignant les nuages d’un rouge de sang. Les deux héroïnes redressèrent la tête, prêtes à affronter les secrets enfouis dans les terres dévastées. Le cœur lourd, mais la volonté intacte, elles reprirent la vers le camp du Noroît, là où les valeureux de l’alliance ont posé le camp dans les ombres des Maleterres de l’Ouest. La lueur pâle de la lune baignait le Camp du Noroît lorsque Mystrelia et Nemelya y arrivèrent. Les tentes blanches, tendues sur des structures de bois sommaires, formaient un enchevêtrement ordonné au milieu des ruines. Les sentinelles, alertées par leur arrivée nocturne, se détendirent en reconnaissant les symboles de l’Alliance. Une fois leur identité confirmée, les gardes les laissèrent passer, et Ashlam Vaillepoing leur offrit une tente pour la nuit, ainsi qu’un repas chaud. Le calme retrouvé, elles s’endormirent enfin, bercées par le vent lugubre soufflant à travers les restes calcinés des arbres voisins.

Les premières lueurs de l’aube filtraient à travers le voile gris des Maleterres de l’Ouest, étendant une lumière blafarde sur le camp du Noroît. Mystrelia et Nemelya, encore engourdies par la nuit fraîche, émergèrent de leur tente alors que les cloches du camp tintaient faiblement, signalant le changement de garde. Le camp reprenait vie dans un silence pesant, où chaque soldat semblait porter le poids d’une veille trop longue et de combats incessants. La fatigue était un compagnon permanent ici, comme l’ombre du Fléau.

À quelques pas de là, Ashlam Vaillepoing, chef du camp, s’entretenait brièvement avec Flint Shadowmore, un éclaireur sévère au regard pénétrant. Lorsqu’il les aperçut, il les héla d’un ton sec.

Vous tombez bien. Il y a deux choses urgentes à régler. Nos hommes commencent à souffrir de la faim, et nos flèches se font rares. On manque de ressources, et vous avez prouvé que vous saviez vous débrouiller.

Il leur tendit deux rouleaux de parchemin, enroulés et scellés à la cire bleu sombre du camp.

Des ours rôdent non loin dans les bois morts à l’est. Leurs gigues sont encore bonnes à manger. Rapportez-en autant que vous pouvez. Ça nous fera de la viande salée, dit-il en désignant le premier document.

Nemelya le déroula, lisant rapidement l’essentiel.

Et les plumes ? demanda-t-elle.
Des rapaces sont revenus nicher dans les ruines près des anciens champs. Tâchez d’en abattre quelques-uns et de ramener leurs plumes. Nos fléchiers en feront bon usage. Des carreaux sans plumes, c’est comme une lame sans manche, grogna-t-il.
Des rapaces… rien que ça, marmonna Mystrelia en levant les yeux au ciel. Enfin, tant qu’il n’y a pas d’araignées, je prends.

Elles quittèrent le camp peu après, traversant les chemins tortueux où la végétation pourrissait lentement sous l’effet des miasmes. Les ours ne se firent pas attendre : grands, massifs, les yeux ternes mais la chair encore bonne. Nemelya affronta les bêtes en face, son bouclier encadrant ses mouvements. Mystrelia fit jaillir ses flammes pour abréger les souffrances et protéger son amie. À mesure que les carcasses s’amoncelaient, elles prélevaient les gigues les plus fraîches. Plus tard, les ruines des anciens champs se dessinèrent dans le brouillard. Là, des rapaces fendaient l’air, furieux d’être dérangés. Les flèches de Nemelya en abattirent plusieurs. Mystrelia, elle, usa de sa magie pour faire tomber les oiseaux en vol. Chacune des plumes était arrachée avec soin, comme si elles savaient combien chaque ressource comptait pour le camp. Au crépuscule, les deux aventurières rentrèrent, fatiguées mais satisfaites. Flint les attendait devant une longue table de travail, où les flèches cassées étaient triées.

C’est plus que ce que j’espérais, fit-il en examinant les plumes. Et ces gigues feront des heureux. Vous avez l’estomac solide, on dirait.

Mystrelia haussa les épaules, un petit sourire au coin des lèvres.

Quand on a combattu une araignée géante, quelques ours décomposés, c’est presque de la cuisine maison.

Nemelya rit doucement, posant son paquet de viande à côté du feu de camp. La nuit tombait sur les Maleterres, et le camp s’illuminait de torches vacillantes. Les deux amies s’installèrent près d’un feu, savourant un instant de repos rare.

On dirait que ce monde commence à compter sur nous, murmura Nemelya.
Et nous, on commence à y prendre goût, répondit Mystrelia en fixant les flammes.

Le repos serait bref. D’autres ténèbres les attendaient, plus loin vers l’est… là où le Fléau était encore plus enraciné. Très tôt, alors que la nuit est toujours présente, un soldat vint réveiller les deux aventurières en leur confiant une missive et l’ordre de s’en acquitter dès à présent. Leur mission était des plus simples, se rendre sur la tombe de feu Uther Lightbringer, le sacro-saint Paladin, héros de l’ordre tout entier des Paladins. Cette mission était un honneur tout particulier pour Nemelya qui suivait ses préceptes depuis sa tendre enfance et qui l’idolâtre depuis ses premiers jours d’apprentissages. Elles se mirent rapidement en route tandis que les étoiles s’accrochaient timidement au ciel de nuit, scintillant au-dessus des Maleterres de l’Ouest comme autant de témoins silencieux du passé oublié. Nemelya et Mystrelia cheminaient en silence le long de l’ancien sentier de pierre menant au Tombeau d’Uther. Le vent portait avec lui une solennité étrange, presque sacrée, et chaque pas semblait résonner plus fort que le précédent. Devant elles, le mausolée se dressait, noble et paisible malgré les siècles. Un halo de lumière douce baignait la statue du défunt paladin, et autour du monument, la végétation semblait résister à la corruption ambiante. C’était un îlot de paix au cœur d’un territoire rongé par les morts.

C’est ici que tout a commencé, murmura Nemelya en s’arrêtant au pied de l’escalier.
Tu veux dire… ta vocation ? demanda doucement Mystrelia.

La Paladine hocha la tête. Elle s’avança lentement, montant les marches une à une, jusqu’à se tenir face à la statue d’Uther. Elle retira son casque, laissant la brise lui caresser le visage.

C’est en lisant les récits d’Uther que j’ai choisi la Lumière. Il croyait en la justice, mais surtout en la rédemption… même pour ceux qui avaient chuté.

Mystrelia observa son amie en silence. Il n’y avait plus la guerrière inébranlable qu’elle avait vue lors de la bataille d’Andorhal, mais une femme luttant contre un poids ancien, celui du deuil et du doute.

Nemelya s’agenouilla. Ses mains reposèrent sur son marteau, posé devant elle. Elle ferma les yeux. Un long silence s’installa.

Lumière… guide mes pas comme tu as guidé les siens. Que mon bras soit le bouclier de l’innocent… que ma volonté soit celle qui repousse les ténèbres…

Un souffle chaud, intangible, effleura sa peau. Mystrelia le sentit aussi, un frisson de magie pure traversant l’air. Les runes gravées dans la pierre scintillèrent un bref instant, puis redevinrent silencieuses. Une aura dorée enveloppa Nemelya, paisible et forte.

Elle rouvrit les yeux.

Je sens sa présence, souffla-t-elle. Ce n’était pas qu’un héros… c’était un guide. Et il le reste, même aujourd’hui.
Il t’a entendue ? demanda Mystrelia, impressionnée.
Je crois qu’il m’a toujours écoutée. J’étais juste trop fermée pour l’entendre.

Nemelya se releva, redressant les épaules. Quelque chose en elle avait changé. Elle ne portait plus son fardeau comme un poids, mais comme un serment.

Je n’ai plus peur, ajouta-t-elle en regardant Mystrelia. Je sais maintenant pourquoi je suis ici.

La gnomette lui sourit, les yeux brillants d’une admiration sincère.

Alors allons leur montrer ce que deux bénies de la Lumière et des ombres peuvent accomplir.

Main dans la main, ou presque, elles descendirent les marches, prêtes à affronter la prochaine étape de leur périple. Le Fléau pouvait trembler. Uther veillait désormais sur elles.

Le calme solennel du Tombeau d’Uther s’estompa peu à peu, remplacé par une tension plus rugueuse à mesure que les deux aventurières s’éloignaient vers l’est, suivant les indications laissées par un éclaireur du Camp du Noroît. Une ancienne crypte abandonnée non loin de là abriterait encore des cuirasses sacrées et des armes bénies, autrefois utilisées par les défenseurs de Lordaeron. Une récupération jugée essentielle pour renforcer les défenses du camp. La brume tombait sur les pierres fendillées du mausolée en ruine, dissimulant partiellement l’entrée à demi ensevelie de la crypte. Les herbes rousses frémissaient au moindre vent, et l’air avait ce goût métallique si particulier des lieux oubliés où la mort rôde encore.

Ce genre d’endroit me plaît moyen, marmonna Mystrelia, son familier tapit dans son ombre.
Les armes de lumière ne demandent qu’à servir une cause juste. Et elles ne peuvent pas rester ici à pourrir dans l’obscurité, répondit Nemelya, déjà en train d’écarter les branches pour ouvrir un passage.

Elles pénétrèrent dans la crypte, torche à la main. Des armures gisaient le long des murs, dévorées par la rouille. Des coffres scellés attendaient d’être ouverts, et des reliques sacrées reposaient sur des autels brisés. Le silence était pesant, presque oppressant.

Tu sens ? Cette odeur…
De la magie noire, oui. Quelque chose est réveillé ici.

Le temps de prononcer ces mots, des cliquetis osseux se firent entendre, et des morts-vivants surgis des murs et des sarcophages les encerclèrent en un instant. Le piège était tendu.

Embuscade ! lança Nemelya en sortant son marteau.
C’est toujours quand on pense que ça va bien se passer que tout part en vrille, grogna Mystrelia en invoquant son diablotin.

Les lames sacrées n’avaient pas été abandonnées… elles étaient gardées. Un squelette imposant, recouvert de morceaux d’armure noire, s’avança, brandissant une épée encore fumante de nécromancie.

Viveeees… vous ne repartirez… paaaas… cracha-t-il d’une voix caverneuse.
Tu parles trop, lança Mystrelia en lui envoyant une volée de flammes.

Nemelya fit tournoyer son marteau, frappant d’un coup éclair un premier squelette qui s’effondra dans un éclat de poussière et d’os. Le combat était serré, les morts arrivaient en vague, comme si la crypte tout entière reprenait vie. Mais les deux héroïnes avaient vu pire. La lumière sacrée de Nemelya fendait les ténèbres à chaque incantation, tandis que Mystrelia transformait le moindre regroupement d’ennemis en brasier infernal. L’ennemi recula, peu à peu, jusqu’à ce que le gardien principal, brisé, s’écroule sur le sol de pierre. Essoufflées mais victorieuses, elles restèrent un instant au centre de la crypte.

Et moi qui pensais qu’on allait juste transporter des caisses, souffla Mystrelia.
On n’est jamais à l’abri d’un bon vieux piège mort-vivant, répondit Nemelya avec un sourire essoufflé.
Au moins, on a récupéré les armes. Et peut-être un peu de notre fierté aussi, murmura Mystrelia, en ramassant une lame encore brillante malgré les âges.

Les artefacts récupérés, les deux amies quittèrent la crypte alors que les premières lueurs de l’aube filtraient à travers les branches des arbres flétris.

Le retour au camp du Noroît fut marqué par la fatigue, mais aussi par une certaine fierté. Les cuirasses et les armes récupérées dans la crypte furent remises aux intendants du camp, qui les reçurent comme des reliques précieuses. Les soldats présents, jusque-là armés de fortune, redressèrent les épaules à la vue de ces vestiges lumineux du passé. Un vieil officier s’inclina devant les deux aventurières, les remerciant d’un ton ému.

Ces lames ont servi à défendre Lordaeron autrefois. Grâce à vous, elles le feront à nouveau, dit-il avec gravité.

Nemelya et Mystrelia s’accordèrent un court répit, partageant un repas chaud à la lumière d’un feu crépitant. Mais la nuit fut brève, une nouvelle fois. Dès l’aube, Ashlam Vaillepoing les fit quérir. Un éclaireur avait repéré des lueurs spectrales persistantes dans la crypte qu’elles venaient de vider. Les armes bénies avaient été retirées, mais les âmes des défenseurs d’antan, elles, étaient toujours enchaînées par une magie noire.

Les morts réclament le repos… et je crains qu’ils ne puissent le trouver tant que leurs chaînes ne sont pas brisées, déclara Ashlam, la mine sombre.

Nemelya hocha la tête.

On ne peut pas les abandonner.
Ils nous ont protégés jadis, à notre tour maintenant de leur offrir la paix, répondit Mystrelia avec douceur.

Elles reprirent la route vers la crypte, plus silencieuses qu’à l’accoutumée. À leur arrivée, le lieu avait changé. Un calme étrange régnait, presque paisible, mais les ombres remuaient toujours entre les colonnes fendues. Les esprits prisonniers apparurent un à un, spectres de paladins, d’archers, de simples soldats. Leurs chaînes n’étaient pas de métal, mais d’énergie nécrotique, suintant d’un mal ancien. Mystrelia récita des incantations de bannissement, canalisant les énergies du Néant pour briser les liens, tandis que Nemelya, paumes levées, appelait la Lumière à sanctifier les tombes. Chaque délivrance faisait naître un souffle léger, une lueur dorée s’élevant lentement vers la voûte effondrée, avant de disparaître dans un dernier éclat.

Un… deux… cinq… huit… murmura Nemelya, comptant les âmes libérées.
Plus que quatre, dit Mystrelia en s’approchant d’un vieux sarcophage dont la dalle tremblait.

La dernière âme fut celle d’un chevalier d’âge avancé, dont l’esprit remercia les deux aventurières d’un simple geste, avant de disparaître. Le silence retomba. Définitif, cette fois.

Elles sont libres, souffla Nemelya.
Et nous un peu plus légères, répondit Mystrelia, regardant les rayons du soleil percer entre les ruines.

Elles quittèrent la crypte une fois encore, le cœur apaisé, prêtes pour la suite de leur périple.
Le vent portait l’odeur des terres corrompues tandis que les deux aventurières longeaient les sentiers ravinés des Maleterres de l’Ouest. Le soleil encore haut dans le ciel baignait les champs en jachère d’une lumière dorée, mais même cette clarté semblait hésiter à réchauffer ces terres hantées. Sur leur route vers le bivouac des soigneurs, elles firent halte non loin du Repaire Putride, une ancienne exploitation agricole transformée en camp de fortune. Quelques fermiers armés de fourches et de bâtons tentaient tant bien que mal de se défendre contre les assauts des morts-vivants. Un vieil homme les interpella, l’air aussi dur que la terre qu’il cultivait.

On n’a ni soldats ni remparts… juste nos bras et nos os fatigués. Mais on tiendra, si vous nous apprenez comment.

Nemelya posa sa main gantée sur son épaule, un éclat de compassion dans les yeux.

Vous avez plus de courage que nombre de chevaliers. On va vous montrer comment frapper, où frapper, et surtout, quand frapper.

Pendant plusieurs heures, les deux héroïnes enseignèrent aux fermiers l’art de se défendre. Mystrelia invoqua une illusion de goule pour l’entraînement, tandis que Nemelya corrigeait les postures, la voix ferme mais bienveillante. Le crépuscule tombait lorsqu’elles reprirent la route, laissant derrière elles des visages un peu moins terrifiés, et des cœurs un peu plus prêts à se battre. Le bivouac des soigneurs apparut enfin à l’horizon, niché contre les collines, une poignée de tentes blanches battues par le vent. Des feux de camp y projetaient des ombres allongées sur les toiles, et l’air y était chargé d’herbes médicinales et d’encens. Des prêtres et des apothicaires s’activaient autour des malades, des soldats blessés, des paysans rescapés. L’ambiance y était grave, mais empreinte d’un calme fragile, comme une étincelle d’espoir dans l’obscurité.

Les deux amies y furent accueillies par un jeune soigneur aux cheveux clairs, qui les guida jusqu’à une tente vide.

Vous arrivez au bon moment. On manque de bras, de potions, et surtout… de réponses, dit-il en leur offrant un regard chargé de fatigue.
Alors on est venues au bon endroit, répondit Nemelya en retirant ses gants, prête à offrir son aide.
Et à faire le ménage s’il le faut, ajouta Mystrelia avec un clin d’œil, jetant un coup d’œil vers la forêt qui s’étendait au nord.

La nuit tombait sur le camp, mais la lueur de la foi et de la volonté brillait encore dans les yeux de celles qui avaient juré de protéger les vivants contre la corruption rampante. Dans la tente centrale du camp du Noroît, un elfe à la peau pâle et aux longs cheveux tirés en arrière observait des cartes déployées sur une table. Ses traits étaient fins, mais marqués par la fatigue, et son regard brillait d’une intelligence vive, presque douloureuse. Kaartish, autrefois archiviste de Dalaran, servait désormais comme stratège et coordinateur des forces alliées dans les Maleterres de l’Ouest. Il leva les yeux lorsque Nemelya et Mystrelia entrèrent.

Ah, vous voilà. J’espérais pouvoir vous parler avant l’aube, dit-il d’une voix posée, mais empreinte d’une urgence contenue.

Il désigna une carte où des zones encore infectées apparaissaient, entourées de marques rouges et violettes.

Il reste des terres que nous n’avons pas réussi à purifier. Trop corrompues. Trop oubliées. Mais… pas irrécupérables. Nous avons un… allié, sur place. Un troll druide du nom de Zen’Kiki. Disons qu’il est… enthousiaste. Il tente de guérir la terre, mais il est seul, et disons… approximatif dans sa méthode.

Mystrelia plissa les yeux.

Un troll druide. J’ai déjà vu des gnomes voler avec des fusées de fortune, mais là, c’est inédit.
Sa magie est instable, admit Kaartish. Mais il est sincère, et il a besoin d’assistance. Ce n’est pas une mission glorieuse, mais elle pourrait sauver des vies. Et la terre, elle, a aussi besoin de soins.

Nemelya acquiesça avec gravité.

Montrez-nous où le trouver.
Dès les premières heures demain matin, pour le moment, il nous faut nous reposer, conclut le Draeneï.

Le matin suivant, elles trouvèrent Zen’Kiki à la lisière d’un champ gorgé de peste. Le troll bondit en les voyant, agitant les bras avec enthousiasme.

Zen’Kiki est content de voir des visages amis ! La terre est très malade… mais Zen’Kiki va la soigner ! Enfin, peut-être…

Autour de lui, des arbustes mutés se tortillaient, et un arbre semblait émettre des grognements peu rassurants. Mystrelia observa la scène avec une moue désespérée.

C’est officiel : je regrette les limons.
On va l’aider, répondit simplement Nemelya. Il ne guérira rien seul.

La purification du champ fut laborieuse. Zen’Kiki lançait ses sorts avec fougue, mais souvent à contretemps. Nemelya compensait en renforçant les zones bénies, tandis que Mystrelia stabilisait la magie naturelle avec des cercles d’ombre qui, paradoxalement, apportaient l’équilibre nécessaire. Peu à peu, la terre retrouva un semblant de vigueur. À la fin, de jeunes pousses vertes surgissaient à travers les cendres.

Zen’Kiki a appris. Zen’Kiki est heureux, dit-il en souriant sincèrement. Merci.

De retour au camp, Kaartish les accueillit près du feu principal, enroulé dans une cape légère malgré le froid.

Il est encore en un seul morceau ? demanda-t-il avec un sourire en coin.
Plus ou moins, répondit Mystrelia. Et le champ aussi, contre toute attente.
Il commence à comprendre. Il a un bon cœur, conclut Nemelya.

Kaartish hocha la tête, satisfait, puis leur tendit une missive au sceau doré de la Croisade d’Argent.

Il est temps. La deuxième bataille d’Andorhal approche. La Horde s’agite. Le Fléau n’a pas dit son dernier mot. Thassarian vous attend.

Nemelya referma le parchemin et releva la tête avec détermination.

Alors nous y retournerons. Et cette fois, nous ne faillirons pas.
Vous incarnez la lumière qu’il reste à ces terres, dit Kaartish avec une certaine gravité. Même les morts doivent sentir que leur heure approche.

Mystrelia jeta un regard malicieux à son amie.

Et puis… j’ai toujours rêvé de voir Thassarian reconnaître que deux petites femmes ont sauvé sa bataille.
En route, murmura Nemelya, le sourire aux lèvres.

Le vent soufflait plus fort, comme si la terre elle-même gémissait sous le poids de ce qui approchait. Depuis les hauteurs d’Andorhal, la silhouette sombre de Thassarian dominait les ruines. L’aile est, désormais bastion de l’Alliance, tenait bon… mais les fondations craquaient. Les morts remuaient à nouveau. Les Réprouvés s’étaient avancés sur le flanc ouest. Et au centre, le Fléau n’avait jamais cédé. Mystrelia et Nemelya arrivèrent alors que les cloches silencieuses de la ville semblaient sonner dans leur tête. Un hurlement au loin. Une volée de corbeaux. La guerre n’avait pas attendu leur retour.

Vous tombez bien, déclara Thassarian d’une voix d’acier. Les lignes tiennent à peine. Le Fléau s’organise. Et les Réprouvés… trahissent.

Il leur tendit un parchemin imbibé de suie. Les ordres étaient clairs : secourir les derniers défenseurs encerclés, abattre les commandants morts-vivants, briser les trahisons d’un ennemi autrefois allié.

On a connu pire, souffla Mystrelia, en examinant la carte. Trois zones, deux femmes… ça rentre.

Nemelya ne dit rien. Son regard s’était posé sur les rues du centre. Quelque chose y rampait, une sensation familière… et glaciale. Elles s’enfoncèrent dans les ruines d’Andorhal, longeant les maisons éventrées, glissant entre les pierres éclatées. Les gémissements des blessés guidaient leurs pas. Entre les palissades brisées, des soldats de l’Alliance, blessés, enchaînés, torturés par des goules. Nemelya abattit ses chaînes de lumière d’un geste ferme, dissipant les tortures par une caresse de feu sacré. Mystrelia faisait jaillir les flammes gangrenées dans les brèches, délogeant les charognards d’un simple murmure. Ils furent libérés, un à un. Tous sauf un. Le dernier groupe, au fond d’un caveau renversé, semblait garder le silence. Et là, assis contre un mur, un corps à peine vivant, levait encore la tête. Un vieil homme, à la barbe blanche en désordre, couvert de sang et de chaînes, marmonnait des mots brisés :

Andar… hal… les cloches… elles sonnent…

Nemelya s’agenouilla aussitôt. Elle connaissait cette voix, cette posture fragile. Les souvenirs rejaillirent comme une lame dans le cœur.

Maître… Ollen ?

Il ouvrit les yeux, à demi-morts, à demi-lucioles. Et elle comprit. Maître Ollen. L’enseignant de la foi de son enfance. Un vieux clerc, doux, à la voix calme. Il avait béni les enfants dans les rues de Stratholme, distribué le pain sacré, raconté les légendes d’Uther au coin du feu. Il la fixa un instant… puis son visage se tordit.

Tu ne devrais pas être ici… murmura-t-il. J’ai… froid…

Son corps convulsa. Les chaînes se mirent à luire d’une lueur sombre. Des vrilles d’ombre sortirent de ses poignets. Sa peau devint cire. Son souffle s’arrêta. Et ses yeux… devinrent bleus.

Non… NON !

Mais il était déjà debout. Sa chair morte, désormais drapée d’un manteau d’ombres, se redressa avec la lenteur d’un pantin réanimé. Il n’était plus Ollen. Il était une créature du Fléau, une chose rampante et maudite. Un mort-dévot, imbibé de la magie noire d’Araj. Il hurlait un psaume tordu, une prière dénaturée.

Nemelya pleura en levant son marteau.

Mystrelia ne dit rien. Elle invoqua un cercle protecteur autour de son amie. Le combat fut bref. Précis. Une lumière pure faucha l’ombre comme une lame tranchant le souvenir. Ollen s’effondra. Sans bruit. Un soupir, et puis plus rien. Nemelya s’agenouilla. Une larme tomba sur son gantelet.

Même eux… même eux, ils les ont pris…

Elle se releva lentement, tenant la médaille de bois que le vieil homme portait encore autour du cou. Gravée du symbole d’Uther. Le dernier vestige d’un homme bon. La rage grandissait. Elle devint fer.

Le centre d’Andorhal n’était plus qu’un champ de ruines, de cendres et de cris. Les ruelles tremblaient sous les pas des abominations, et l’air était si chargé de nécromancie qu’il en devenait presque solide. Entre deux maisons effondrées, un détachement de troupes du Fléau avançait lentement, lourdement, comme une marée de chair et d’acier. Ils étaient une vingtaine, au moins. Nécrotraqueurs, abominations, chevaliers défunts et mages aux chairs décomposées. Tous réunis, tous convergeant vers les positions de l’Alliance à l’est. Une frappe de masse. Une tentative d’écrasement.

Ils cherchent à nous écraser d’un seul coup, grogna Mystrelia, en observant les rangs se resserrer. C’est une charge en ligne… mais ce ne sont pas des bêtes.
Ce sont des frères et sœurs d’armes, murmura Nemelya. Du moins, ils l’ont été… autrefois.

Elle reconnut parmi eux des silhouettes autrefois alliées : des membres de la Croisade, des soldats tombés au cours des batailles précédentes, maintenant réanimés par des val’kyrs ou des nécromanciens. Ils avaient tous été des défenseurs de la Lumière. Maintenant, ils avançaient contre elle. Thassarian leur remit une ultime mission : briser cette frappe avant qu’elle n’atteigne les lignes. Pas d’espoir de renfort. Pas de retrait possible.

C’est une purge, dit-il. Et elle doit être propre. Faites vite, ou ce sont nos prêtres qui tomberont les prochains.

Le cœur lourd, Nemelya et Mystrelia s’enfoncèrent à nouveau dans les ombres d’Andorhal. Le combat fut brutal, sans pause, sans souffle. Nemelya ouvrait la marche, son marteau décrivant des arcs aveuglants, chacun fauchant plusieurs ennemis à la fois, sa voix psalmodiant des prières sacrées qui faisaient reculer les goules dans un râle muet. À ses côtés, Mystrelia déchaînait ses flammes gangrenées en une danse macabre, invoquant un démon après l’autre pour contenir les abominations. Les soldats réanimés résistaient avec une coordination anormale. Ils semblaient garder un reste de discipline militaire, avançant par vagues, tentant d’encercler, d’user. Ce n’était pas une charge aveugle : c’était une frappe tactique, guidée par une volonté qui n’avait rien de mort. Un par un, les assaillants tombèrent. Mais à mesure que les corps s’effondraient, le silence devenait plus lourd. À la fin, Nemelya se tint seule au milieu des cadavres, les mains couvertes de sang noirci. Un homme, le dernier à tomber, portait encore l’écusson de la 7e légion. Sa mâchoire déboîtée laissait couler un souffle putride. Mais dans ses yeux morts brillait encore un éclat… de regret ? Ou de haine. Mystrelia l’approcha doucement. Elle s’agenouilla.

C’était un frère d’armes, murmura-t-elle.
Non, répondit Nemelya. Il ne l’était plus.

Mais elle ne détacha pas son regard du cadavre. Pas tout de suite. Elle récita en silence la prière funéraire, celle que Maître Ollen lui avait enseignée dans sa jeunesse. Puis elle ferma les yeux du défunt d’un geste lent. Le champ était purgé. Les lignes étaient sauves. Mais quelque chose s’était éteint un peu plus en elles deux.

Et puis vinrent les val’kyrs. Elles descendirent du ciel comme des étoiles mortes, criant leur allégeance à la Reine Banshee. Elles saisirent les corps tombés, des soldats de l’Alliance et de la Croisade. Et les relevèrent. Des visages familiers. Des camarades tombés dans la matinée, des blessés à peine ensevelis. Mystrelia hurla. Nemelya frappa. Mais les val’kyrs étaient rapides. La Lumière chancela. Elles poursuivirent leur avancée dans les rues, repoussant les lignes affaiblies. Un chaos spectral envahit Andorhal. Mais dans ce tumulte, Nemelya leva à nouveau son marteau, une lumière nouvelle jaillissant de son plastron. Elle pria sans mot. Elle avança, main tendue. Et les flammes sombres se mirent à reculer. Mystrelia, à ses côtés, invoqua une chimère d’ombre et de feu, la dernière de ses réserves. Une gardienne ailée, protectrice et faucheuse. Ensemble, elles dispersèrent les val’kyrs, brisèrent le cercle de réanimation, et offrirent aux morts le repos qu’on leur refusait.

La pluie s’était arrêtée. Mais le ciel n’était pas redevenu clair. Il s’était figé dans une teinte de plomb, comme suspendu entre vie et mort. Nemelya et Mystrelia marchaient lentement parmi les décombres d’Andorhal, leurs bottes écrasant les os mêlés à la boue. La purge avait eu lieu. Le Fléau avait été repoussé. Les traîtres des Réprouvés dispersés. Mais quelque chose, elles le sentaient, persistait encore. Une ombre plus profonde, plus ancienne. Les cris des corbeaux s’étaient tus. Les vents eux-mêmes avaient cessé de souffler. Le silence.

Puis un grondement, un cri venu d’en haut qui fit vaciller la lumière. Une forme fendit les nuages et descendit comme la vengeance d’un dieu mort. Aradne, la seigneure val’kyr. Des cheveux de nuit, des ailes emplies suie et une couronne brisée, c’était tout ce que les guerriers du champs de batailles apercevaient. Un linceul d’ombre pure tombait de ses épaules. Dans ses mains, deux lames-crocs forgées dans la moelle des héros oubliés. Elle s’écrasa au sol dans un tourbillon de vent et de magie. Les pierres s’envolèrent, les morts se relevèrent. Les soldats d’Andorhal reculèrent d’instinct. Même les goules s’agenouillèrent.

Ce n’est pas une simple val’kyr… souffla Mystrelia, reculant d’un pas.
C’est leur reine de guerre, murmura Nemelya, les yeux rivés sur elle. Et elle n’est pas venue seule.

Derrière elle, des silhouettes se dressèrent dans les airs. Six val’kyrs inférieures se dirigeaient vers leur seigneure. Et autour du champ, des soldats de l’Alliance tombés quelques heures plus tôt s’étaient relevés pour rejoindre les rangs du fléau. Les morts avançaient à nouveau.

Tu veux qu’on fuie ? demanda Mystrelia.
Je veux qu’on la renvoie d’où elle vient, répondit Nemelya en serrant son marteau.

La lumière jaillit. Et la bataille commença. Le premier choc fut titanesque. Aradne s’élança sans un mot, ailes déployées, frappant avec une vitesse démentielle. Ses lames traçaient des arcs de magie spectrale, brisant les barrières comme du verre. Nemelya para l’un de ses coups, mais fut projetée en arrière, son plastron fendu. Mystrelia bondit, déchaînant un essaim de diablotins, chacun explosant à l’impact contre les servantes d’Aradne. Une val’kyr explosa en criant. Mais Aradne n’en eut cure. Elle attrapa un soldat blessé à terre, un jeune lancier à peine conscient, et d’un seul baiser glacé, aspira sa vie, sa lumière, son âme. Nemelya hurla. Elle fondit sur elle, sa foi en éclat autour d’elle, priant Uther, priant Ollen, priant la Lumière tout entière. Aradne recula, pour la première fois.

Tu crois que ta lumière me brûle ? cracha-t-elle. J’ai vu ton maître tomber. J’ai vu les anges se briser.

Nemelya ne répondit pas. Elle frappa. Un coup. Deux. Trois. Aradne para avec rage, ses ailes crépitant d’ombres. Le sol trembla sous leurs pas. Autour d’elles, les dernières val’kyrs mouraient sous les flammes de Mystrelia, dont le regard brillait d’une lueur fébrile, presque possédée.

On ne te laissera pas souiller cette terre ! cria-t-elle, une main en l’air, tordant l’énergie du Néant autour d’un sceau.

Un cercle d’ombre se referma sur Aradne, la piégeant un instant. Nemelya s’y engouffra, récitant un passage sacré à voix haute, son marteau irradiant une lumière blanche incandescente. La val’kyr hurla.

JE SUIS LA MORT COURONNÉE !

Et dans une explosion de ténèbres, elle brisa le sceau, projetant les deux femmes à terre. Un Silence pesant régnait. Puis… un battement de cœur. Un seul. Mystrelia rampa jusqu’à Nemelya, la main sanglante.

Elle est trop forte…
Pas si nous sommes deux, répondit Nemelya portée par une fureur qui lui permit de se dépasser.

Elles se redressèrent ensemble. Nemelya leva son marteau vers le ciel, appelant la Lumière. Mystrelia canalisa les restes de ses familiers pour les fusionner en un être instable, une fusion gangrenée et sacrée. Aradne les regarda. Et pour la première fois, elle hésita.

Elles foncèrent.Nemelya planta son marteau droit dans le sol, créant un pilier de lumière qui transperça la val’kyr en plein torse. Mystrelia libéra sa créature dans un dernier cri : elle s’enroula autour d’Aradne, implosa en un souffle brûlant. Le hurlement de la seigneure val’kyr fit trembler toute la vallée. Ses ailes prirent feu, son corps se désintégra dans un éclat d’ombre déchirée. Puis… plus rien.

Le calme. Le vide. Et le souffle de la victoire.

Nemelya, agenouillée, posa une main sur le sol. Il était tiède. Vivant. Mystrelia s’effondra à côté d’elle, haletante, son visage noirci par la suie.

On l’a fait, murmura-t-elle.

Nemelya ne répondit pas. Elle leva les yeux vers les nuages. Ils s’étaient éclaircis, à peine. Mais assez pour laisser passer un rayon de soleil. Un seul.

Le vent se levait, à nouveau. Pas celui qui porte la tempête, mais celui des fins de bataille. Celui qui souffle à travers les ruines en emportant avec lui les derniers soupirs, les derniers serments. Le corps désintégré d’Aradne s’était dissipé dans l’air, ne laissant qu’un écho spectral et des cendres sombres. Mystrelia et Nemelya, les jambes lourdes et les bras fatigués, regagnèrent les hauteurs d’Andorhal. Là, Thassarian les attendait, entouré de quelques chevaliers de la Lame d’ébène encore debout. Le ciel s’était teinté d’un bleu cendré. Il s’avança vers elles, lentement.

Elle est tombée. Vous l’avez fait.

Mystrelia haussa un sourcil, à moitié moqueuse, à moitié morte de fatigue.

Pas sans mal. Elle avait du mordant, votre val’kyr. Et plus de copines que moi au bal des ombres.

Thassarian resta de marbre, puis regarda Nemelya, plus grave.

Je sais ce que c’est, de voir ses morts se relever. De voir ses anciens alliés nous faire face. De devoir tuer ceux qu’on aurait voulu sauver.

Elle ne répondit pas. Il poursuivit.

Reposez-vous. Vous avez porté plus que vos armes aujourd’hui. La Croisade a besoin de vous. Et ce monde aussi, même s’il ne le sait pas.

Il leur tendit un ordre de mission signé, scellé.

Retournez au camp du Noroît. Ashlam voudra vous parler. Et… il marqua un temps, gardez l’esprit clair, toutes les deux. Ces terres dévorent plus que la chair.

Puis il tourna les talons, disparaissant dans la brume avec ses chevaliers.

Le vent sifflait dans les branches mortes, soulevant des nuées de poussière et de feuilles grisâtres. Le chemin qui menait du cœur d’Andorhal jusqu’au camp du Noroît serpentait entre des champs en jachère et des bois sans vie. Le soleil déclinait lentement, traçant des ombres longues sur la terre souillée. Nemelya avançait droit devant, silencieuse, son bouclier sanglé dans le dos, son regard perdu dans l’horizon. Elle ne parlait pas. Elle ne clignait presque plus des yeux. Mystrelia, elle, trottinait à côté, visiblement fatiguée mais visiblement plus loquace que sa sœur d’armes.

Bon, très bien… puisque t’as décidé de faire la muette, on va jouer à un jeu, lança-t-elle en haussant les épaules. Le jeu du silence… mais version Mystrelia.

Pas de réaction.

Allez, allez. J’ai tenu une minute de silence une fois. Enfin… presque. J’ai éternué au bout de dix secondes, mais ça compte pas. On m’avait mis du poivre dans le nez.

Toujours rien. Elle fronça les sourcils, tendant une main devant elle pour tester le sol comme une pisteuse.

Je crois que j’ai trouvé une trace… oui, là, juste là… c’est l’empreinte du célèbre « regard qui tue ». Espèce : paladine têtue. Comportement : mutique, froide, préoccupée. Alimentation : prières, remords, et marmottes grillées.

Un caillou roula sous le pas de Nemelya. Mais elle ne ralentit pas.

Oh allez… je suis désolée de pas être aussi solennelle que toi, hein. Mais si je dis rien, tu rumines. Si je te parle, tu m’ignores. À quoi je sers, hein ? À faire joli dans les ruines ? À illuminer la route avec mes blagues de gnome ?

Nemelya continua d’avancer. Mystrelia soupira.

Tu sais, j’ai même une devinette pour toi. Qu’est-ce qui est plus têtu qu’un tauren, plus silencieux qu’un mort-vivant, et plus lourd qu’une abomination en armure ?… C’est toi.

Elle s’arrêta. Légèrement en arrière, les bras ballants. Un peu lasse.

Bon… tu gagnes. T’as gagné ton silence. Tu peux broyer du noir toute seule maintenant…

Mais alors qu’elle s’apprêtait à faire demi-tour, la voix de Nemelya, grave, tendue, la rattrapa.

Mystrelia… je ne sais pas si je suis encore capable de croire.

La gnomette se figea, lentement. Elle se retourna, ses grands yeux roses braqués sur elle. Nemelya s’était arrêtée au milieu du chemin. Elle parlait, enfin. Mais sa voix était basse, tremblante. Son visage dur, creusé par la colère. Et autre chose.

Je me suis battue pour ce que je croyais être la seule chose pure dans ce monde. La Lumière. Uther. La justice. Le pardon. Mais aujourd’hui… tout ça m’a regardée droit dans les yeux et m’a craché dessus. Ollen… mes frères d’armes… Les val’kyrs les ont relevés comme des poupées. Et moi, je les ai tués. Un par un.

Elle inspira, les poings serrés.

Et pas une seule fois je ne l’ai sentie. Pas un murmure. Pas un souffle. J’ai prié. J’ai hurlé dans mon cœur. Rien. Juste… du sang.

Mystrelia s’approcha doucement. Elle ne souriait plus. Elle n’avait plus de réplique maligne en réserve.

Nemelya… elle n’était peut-être pas silencieuse. C’est peut-être toi qui ne pouvais plus l’entendre.
Je l’ai toujours entendue, répliqua-t-elle aussitôt. Même dans le noir, même dans le froid. Même quand j’étais une gamine planquée sous une table pendant que Stratholme brûlait.

Elle ferma les yeux un instant.

Mais là… je me sens seule.

Mystrelia posa sa main sur le gantelet de la paladine. Elle sentit la tension, la chaleur retenue, la douleur rentrée.

Tu n’es pas seule. Je suis là, même quand tu voudrais que je me taise. Même quand tu voudrais que je parte. Même quand tu veux croire que personne ne peut comprendre.

Un silence. Puis un soupir. Long. Éreinté. Nemelya ouvrit enfin les yeux.

Merci.

Elle reprit la marche. Lentement, mais avec un pas plus sûr. Un souffle nouveau. Une direction retrouvée.

Tu crois que le camp nous accueillera avec des fleurs ? demanda Mystrelia, un peu plus légère.
Je préfère qu’on m’accueille avec une bassine d’eau chaude et du silence, répondit Nemelya. Mais… je suppose que des fleurs, ce serait pas mal aussi.
Ah ! Victoire ! Elle reparle ! s’exclama Mystrelia avec un sourire triomphant.
Profite, ça ne durera pas.
Oh, si. Parce que je compte bien recommencer à te faire rire. Même si ça doit passer par des grimaces. Ou des limons déguisés en prêtres.

Le sentier se prolongeait, tordu, mais dégagé. Le camp du Noroît n’était plus très loin. Et cette fois, elles y allaient ensemble, plus unies que jamais.

Lorsque les deux femmes passèrent les palissades du camp du Noroît, la lumière tombait déjà sur les tentes de toile et les torches à moitié consumées. Des visages familiers hochèrent la tête. Pas de cris. Pas d’applaudissements. Juste… du respect. Ashlam Villepoing les attendait près d’une table de commandement. Son regard fatigué se posa sur elles.

Je sais ce que vous avez traversé. Et je sais que ce que je vais vous demander n’a rien d’un répit.

Il leur tendit un ordre impérial.

La Chapelle de l’Espoir de la Lumière souhaite vous recevoir. Le haut commandement veut discuter de ce qui s’est passé ici, et vous préparer pour la suite. Il paraît que l’Est est pire encore.

Il les observa un moment. Puis, comme hésitant, il ajouta :

Et… il y a autre chose. Une rumeur. Du côté de Scholomance. Des paysans parlent d’un vieux livre trouvé dans une crypte oubliée. Il… avalerait ceux qui le lisent. Littéralement. On ne retrouve que des marques au sol et des murmures, comme si les gens avaient été aspirés dans… un autre temps.

Mystrelia écarquilla les yeux.

Encore une de ces folies magiques qui finissent mal. Parfait, ça me manquait.

Ashlam ne sourit pas.
Ce n’est peut-être rien. Mais si c’est vrai, ça ne peut pas tomber entre de mauvaises mains. Et dans ces terres… tout finit toujours par tomber. Allez, reposez-vous. La Lumière vous attend à la Chapelle. Et moi, je prierai qu’elle vous y garde.

Nemelya serra son parchemin contre elle. Le regard tourné vers l’horizon.

Nous irons. Et cette fois… c’est elle qui devra nous répondre.

Objectif
Être niveau 20.
Zone 1 : Andorhal (Premier passage)
Suite de quête de Thaurissan
Zone 2 : Camp du Noroît
Gibier infecté
Des flèches en plus
Zone 3 : Tombeau d’Uther
Le tombeau d’Uther
Zone 4 : Crypte abandonnée (proche du camp)
Les armes du passé
Les âmes enchaînées
Zone 5 : Repaire Putride & hameau en ruines
Les paysans en détresse (quête implicite / non nommée en jeu)
Zone 6 : Bivouac des soigneurs
Aide au bivouac des soigneurs
Zone 7 : Champs souillés avec Zen’Kiki
L’étrange druide
Purifier les terres infectées
Zone 8 : Andorhal (second passage – bataille finale)
Seconde offensive (dialogue avec Thassarian)
Nouvelle ligne de front (non nommée, mission de défense critique)
Aradne
Zone 9 : Camp du Noroît (retour final)
Adieu Andorhal (Récompense de quête autorisée)
En route pour la Chapelle de la Lumière
La rumeur du livre de Scholomance (optionnel)