Les légions noires marchaient depuis des jours à un rythme effréné, dans l’espoir d’atteindre Humberland le plus rapidement possible. Quand la ville fut enfin en vue, les premières lignes furent impatientes d’aller la mettre à feu et à sang. Leurs ordres étaient simples, il fallait tout détruire, tuer ou piller. Celui qui les accompagnait était devenu maître dans l’art de la destruction. Sephiroth savait qu’il n’y avait meilleur choix que Warl dans cette mission, et qu’il la mènera à bien.
Des fermiers cultivaient les champs à l’extérieur de la ville, quand ils virent une masse noire se diriger sur eux. Le plus éloignés du village ne comprirent que trop tard ce qu’il se passait et furent massacrés en quelques coups d’épées. Ceux avec une bonne vue furent en mesure de déclencher l’alerte, afin que tous les habitants se réfugient dans l’enceinte des murs de la ville. Hauts d’une dizaine de mètres tout au plus, tous étaient conscient qu’ils n’allaient pas retenir leur ennemi longtemps. Les gardes fermèrent la porte en attendant le plus possible, mais l’ennemi se rapprochait trop vite. Lorsque la seconde porte frappa la première, le bras d’un fermier dépassait et fut coupé net. Le bras sans vie gisait par terre dans un bain de sang, et le reste du corps, aplatit par les deux lourdes portes, offrait aux habitants un spectacle de parfaite horreur. D’autres se retrouvaient bloqués à l’extérieur, et seuls les cris d’agonies furent perçus à l’intérieur des murs, glaçant le sang des citoyens innocents.
Warl lança l’assaut, en tête du cortège, impatient de commencer son massacre. A l’aide d’une petite impulsion sur ses jambes, il se propulsa tout en haut d’un mur, et contempla la ville, offrants un sourire sadique à tous ceux qui pouvaient le voir. Il se laissa lourdement tomber sur le toit d’une maison, y passa au travers et en sortit en cassant la porte d’un coup de pied violent, qui l’envoya directement dans la tête d’une fillette d’une douzaine d’année. Les débris de la porte vinrent se loger dans son crâne et elle tomba raide morte sur le sol, sous les yeux de ses parents. Fou de rage, son père fonça sur Warl, une fourche à la main, tentant d’empaler le meurtrier de sa fille. Des gardes l’accompagnèrent, mais leur aide fut inutile. Une masse monstrueuse, au manche aussi grand que Warl lui-même, au bout massif, orné de pics d’une dizaine de centimètres chacun, les balaya tous d’un revers du bras de la brute. Les corps mutilés des cadavres jonchaient le sol, devant le regard terrifié d’une dizaine de milliers d’habitants incapable de se défendre.
Quelques mages apparurent depuis l’Académie, et défièrent en duel Warl, pendant que d’autres de ces maîtres évacuaient les habitant vers Daline. Ezolk, un maître de la magie réussit à téléporter plus d’une vingtaine de personne d’un coup vers la capitale. Ce fut le premier de Humberland à l’atteindre et il expliqua très rapidement aux gardes en poste à l’entrée qu’ils subissaient un assaut, avant de repartir immédiatement pour ramener le plus de survivant possible.
Il venait de revenir dans sa ville, moins de deux minutes après qu’il l’ait quitté, et pourtant des bâtiments étaient en feu, la porte avait cédée et la ville était jonchée de cadavre sanguinolent. Il s’approcha de l’un des corps, et reconnu un de ses camarade maître à l’Académie qui avait foncé sur Warl afin d’offrir du temps de replis aux mages comme lui. Une rage incontrôlable le saisit et il fit apparaître son arme, un bâton du bleu de la mer orné d’un saphir en forme de goutte, et lança Aqua Ragic, qui créa fine couverture d’eau autour d’un des membres des légions noires. Le prisonnier ne put rien faire pour se défaire du sortilège qui l’empêchait de respirer. Son voisin ne remarqua pas tout de suite qu’il était victime d’un sort, mais lorsqu’il le vit se tenir la gorge parce qu’il s’asphyxiait, il se retourna et remarqua la présence d’Ezolk. Il lui fonça dessus, épée à la main et tenta de le trancher, mais le geste était trop lent pour Ezolk, qui se déporta quelque peu sur le côté, et à l’aide d’un autre sort, un jet d’eau très fin avec une pression élevée, décapita son adversaire. Les deux guerriers tombèrent lourdement au sol, raide mort, mais cela ne calma en rien la haine du maître de l’Académie.
Il sauta sur le toit d’une maison et repéra des réfugiés dans une petite ruelle, se dépêchant d’aller les secourir, il se téléporta derrière eux, les agrippa tous par un vêtement quand il ne pouvait attraper un membre, et se téléporta à nouveau à Daline. Lors de son deuxième voyage, il vit un grand nombre de soldat en train de secourir des habitants fraichement arrivés. Le nombre de rescapés était trop important pour en connaître le nombre exact, mais il ne serait jamais assez grand pour Ezolk. Trop de morts étaient à déclarer, et rien ne pouvait être fait. Il agrippa tout de même un garde pour lui demander de l’aide, et tenter de sauver encore d’autres habitants de Humberland. Le garde fut surpris, il s’agissait d’un de ses anciens élèves venu sur la capitale après sa formation.

– Je suis profondément désolé, maître Ezolk. Nous avons reçu des ordres du commandant, nous ne sommes pas autorisés à utiliser des ressources humaines pour venir au secours d’Humberland.

Ezolk n’en crût pas ses oreilles. Le commandant avait ordonné de n’apporté aucun secours à une ville alliée en danger. Il ne put réprimer toute sa haine à l’encontre du chef de guerre et s’en prit à son ancien élève.

– Comment un commandant peut oser refuser d’aider des gens en danger. Il préfère voir des gens de son peuple mourir sans bouger le petit doigt, plutôt que d’envoyer des renforts. Ce genre de personne ne mérite pas le respect.

Et sur ces mots, il repartit dans sa ville natale, espérant arriver à temps pour sauver quelques vies de plus. Mais pour son plus grand malheur, il ne découvrit que la ruine, le sang et la mort. Toute la ville était en feu, les maisons pillées se voyait enflammées par les légions noires dès leurs sorties. Les routes étaient devenues des rivières rouges. Chaque pas qu’il faisait produisait un son qui semblait se répéter dans un écho infini à son oreille. Le silence qui suivait le carnage avait de quoi lui glacer le sang, en quelques minutes, cette ville pleine de vie venait d’être rasée, enflammée, décimée.
Ezolk se tenait devant la porte fracassée par les légions noires quelques instants auparavant. Elles étaient maintenant de l’autre côté de la ville, en train de finir leur triste œuvre. Il contempla la grande allée pour la dernière fois, des larmes scintillèrent le long de ses joues. Il n’y avait plus rien à faire, s’il restait, il se condamnerait lui-même à une mort brutale et inutile.
De retour à Daline, il alpagua son ancien élève au milieu du grand nombre de rescapé.

– Emmène-moi voir le commandant, immédiatement.
– Maître Ezolk, je ne peux pas faire ça. J’ai des ordres, je dois m’occuper des réfugiés.
– Un autre soldat pourra le faire, conduit moi à lui, il faut que je lui dise la façon d’agir des légions noires.
– Je ne pourrais vous conduire que devant mon supérieur, c’est lui qui décidera. Suivez-moi.

Le garde se précipita à l’intérieur de la cité, Ezolk lui emboîtant le pas. Ils slalomèrent à travers les rescapés qui occupèrent quasiment toute la largeur de l’allée principale de la capitale. Le maître d’Humberland reconnaissait des têtes familières, et pour la première fois depuis le début de ces atrocités, il esquissa un léger sourire.
Ils arrivèrent dans un grand bâtiment blanc à l’allure neuve. Moins imposant que l’Académie et le palais, il était tout de même massif et ne passait pas inaperçu. Les quartiers généraux de l’armée étaient établis ici et le soldat présenta Ezolk à deux dirigeants. Après de rapides parlementages, les dirigeants se mirent d’accord et le conduisirent devant l’Elite Blanche Astharog.

– Maître Astharog, voici maître Elzok, de Humberland. Il a assisté à l’assaut et tenais à en informer Daline afin de consolider nos défenses.
– Je vous écoute.
– Sauf votre respect, j’aurais préféré en parler au commandant directement.
– Le commandant est très pris pour le moment. C’est moi qui assure le commandement en son absence.
– Dans ce cas, pourrais-je savoir pourquoi vous avez interdit l’aide à l’évacuation lors de l’assaut ?

Sa voix était glaciale, mais Astharog ne s’en soucia pas. Il lui répondit sur le même ton qu’auparavant.

– Le nombre d’hommes maitrisant la téléportation est très faible, environs dix pourcents de nos effectifs. Ceux capable d’effectuer un aller-retour depuis Humberland tout en ramenant des rescapés ne dépasse pas trois pourcents de ces dix pourcents. De plus, nos manœuvres visant à repousser les légions noires nécessite une préparation optimale, qu’il nous sera très difficile de maîtriser en quelques jours.
– Cependant, vous abandonnez des gens innocents, qui n’ont jamais connu la guerre. Des femmes et des enfants massacrés, sans que la capitale ne réagisse. Si vous gagnez la guerre, j’espère que ce sacrifice vous hantera jusqu’à la fin de vos jours.
– Pour la survie de notre peuple, il faut être prêt à faire des sacrifices.

La voix provenait de l’entrée de la salle. Jupiter venait de rejoindre le quartier général, après une journée d’absence. Elzok se retourna, prêt à vociférer une réplique à l’encontre de son nouvel interlocuteur, quand il s’arrêta soudainement dans son élan à la vue de celui-ci.

– Entendre cette phrase de la part d’une Aura Noire, en quoi devrais-je être surpris.
– Malheureusement, ce n’est pas de moi. Comprenez que mettre en péril la capitale, ainsi que les habitants des villes alentours qu’elle accueille, pour sauver une ville à faible population, n’est pas un choix judicieux.
– Voilà le discours d’un homme prêt à sacrifier beaucoup des autres. Comment auriez-vous réagit s’il s’agissait de votre ville ? Vous n’auriez pas ordonné l’évacuation à l’aide de vos soldats ?

La tension montait rapidement entre les deux hommes. Si bien que personne, hormis Astharog, n’était resté aux alentours. Mais il ne se risqua pas à les interrompre.

– Il y a environ deux mois, vous nous avez demandés de surveiller les agissements des Silithides. Une menace qui fut nouvelle pour nous, et qui coûta la vie à de bons soldats. Tout ça pour que la capitale ait des renseignements pour se préparer. Et quand la ville se fait attaquer, personne ne nous vient en aide. Vous n’êtes qu’une bande d’égoïste qui ne pense qu’à sa vie.
– Il y a environ deux mois, une proposition d’asile vous a été offerte, car votre ville était en état d’alerte élevé. Elle était menacée par les légions noires à l’ouest et les Silithides au sud. Nous savions que l’une ou l’autre allait vous attaquer. Le régent Miltus venait souvent à Daline pour s’entretenir avec l’impératrice, et il a toujours refusé l’offre, pensant que nous étions pessimistes. A l’heure actuelle, le régent Miltus s’entretien avec l’impératrice une nouvelle fois, alors que beaucoup de vies ont été prises. Ne nous accablez pas pour les mauvais choix de votre dirigeant.

Elzok ne sut quoi répondre. Il apprenait à l’instant ces dures vérités, et c’est vers Miltus que sa colère se déporta. Il s’excusa platement devant les deux hommes et commença à leur expliquer comment les légions noires ont opérées l’assaut.

– Un homme extrêmement puissant, au physique marqué par la guerre, les menait au front. Il était devant ses premières lignes et a pénétré dans la ville en sautant par-dessus les murs.
– Quelles tailles exactement font les murs de Humberland ?
– Environs dix mètres. Ensuite il a décimé des gardes qui se sont jetés sur lui, ainsi que quelques maîtres de l’Académie. Personne ne put rien faire contre eux, malheureusement.
– Pensez-vous qu’il soit capable de faire de même avec la muraille de Daline, commandant ?
– Il est fort probable que oui, cinquante mètres n’est pas un problème pour des Elites Noires. Mais je ne vois pas l’un des leurs se jeter dans un piège mortel comme celui-là. Pénétrer une petite ville qu’on attaque par surprise n’est pas difficile, en revanche, le faire sur la capitale serait une grave erreur qu’ils ne commettront probablement pas.
– Dans ce cas, je ne peux rien vous apprendre de plus, j’en suis navré.
– Je vous remercie, maître. Toute information est la bienvenue.
– Si je puis me rendre utile d’une quelconque façon, n’hésitez pas.
– Maître Astharog devrait pouvoir vous trouver une place dans nos rangs, n’est-ce pas ?

L’Elite Blanche opina du chef. Elzok était un mage d’une puissance non négligeable, ses deux téléportations accompagnés d’un grand nombre de rescapés en était la preuve. Il n’avait pas connu la vie militaire, mais il donna l’impression d’être un mage polyvalent et pragmatique. Jupiter le remercia et s’informa auprès d’Astharog sur les tests de la matinée.

– Les tests nous sont parvenus il y a quelques heures déjà. J’ai demandé à mes officiers de ne conserver que les copies où les réponses étaient inhabituelles. Comme vous l’aviez prévu, très peu seulement ont fait preuve de précisions supplémentaires.
– Combien exactement ?
– Cent douze. Vous trouverez leurs réponses dans ce tas. Il pointa du doigt une pile de feuilles rangées dans l’ordre croissant de matricule.

Jupiter posa sa paume sur la pile qui fut entourée d’un halo blanc une fraction de seconde. Il se concentra silencieusement et rouvrit les yeux à l’instant où la lumière disparu.

– Première division, Elvia Donothes, dirigera la première division. Première division, Lumo Pore, dirigera la deuxième division.

Il continua sa liste jusqu’à ce que les dix divisions trouvent leur nouvel officier. Enfin il se tourna vers Atharog, qui l’écoutait attentivement.

– Convoquez-les et expliquez-leur leur nouveau rôle au sein de l’armée. Ne leur mettez pas trop la pression, maître. Ils doivent pouvoir agir selon ce que leur dicte leur instinct.
– Comme vous le souhaitez, commandant.
– Durant les prochains jours, vous serez officiellement le dirigeant de la préparation de nos troupes. Je compte sur vous
– Excusez-moi commandant, mais vous nous quittez ?
– Cette nomination à ce poste n’était pas prévue, et j’ai beaucoup de préparatif à terminer avant que les légions noires ne soient aux portes de Daline.

La nomination n’était pas prévue ? Qu’est-ce que cela voulait dire ? Astharog fut pris au dépourvu, et devant son air hagard, Jupiter se senti obliger de poursuivre son explication.

– Pour dire vrai, j’ai été imposé à cette place par l’impératrice. J’ai tenté de refuser, mais l’impératrice a toujours le dernier mot. Il lâcha un petit rire qui détendit légèrement l’atmosphère. J’ai voulu la convaincre qu’une Elite Blanche, quelqu’un d’expérience, où quelqu’un de la garde impériale serait mieux placée que moi, mais elle pense que ma connaissance des Auras Noires est indispensable.
– Je comprends, mais pourquoi ne pas vous avoir mis à une place de conseiller ?
– Je lui ai posé la même question, mais elle eut peur qu’un dirigeant ne voie en moi qu’un ennemi et qu’il ne prenne pas en compte mes remarques. Enfin, je n’aime pas vraiment cette place. Devoir diriger me prive de ma liberté d’agir à laquelle je suis habitué. J’espère pouvoir m’en remettre à vous en cas d’intervention nécessaire de ma part au combat.
– Vous pouvez compter sur moi, commandant.

Les deux hommes se fixèrent dans les yeux quelques instants avant de reprendre leur activité. Astharog se plongea dans les dossiers des soldats que lui avait cités Jupiter, et ce dernier disparu une nouvelle fois.

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