Jupiter réapparut devant un immense bâtiment beige orné de sculptures, de décorations et de piliers en or. La porte devant lui, de couleur bronze, s’ouvrit au fur et à mesure qu’il avançait. Il rentra dans ce bâtiment, portant son maître allongé dans ses bras. A cette heure tardive, les lieux déserts et silencieux laissaient place à un bruit de pas claquant sur le sol. Sans avoir à l’appeler, une femme semblait l’attendre dans ce qu’on pourrait appeler un salon, long de cinquante mètres et large de trente. Jupiter s’arrêta devant cette dernière, en la regardant.

Elle était grande et mince. Habillée tout de blanc, il émanait d’elle une aura de confiance et de bien-être. C’était une très belle femme, convoitée par tous les beaux jeunes hommes de la ville. Sa chevelure brune, sous sa tiare blanche, la distinguait de toutes les autres femmes. Dans cette citée, et même parmi les autres, c’était la seule magicienne blanche brune. Elle était à la tête des Elites Blanches, et figurait parmi les sept plus puissantes magies du monde. Elle était connue pour sa puissante magie blanche à effet de soin. Une légende urbaine disait qu’aucune magie destructrice n’était pas soignable par Dame Alanya. Jupiter s’avança au milieu de la pièce.

– Tu la reconnais n’est-ce pas ? lui demanda-t-il, tandis qu’il étendait la jeune femme sur un divan devant eux.
– Si je m’attendais à la revoir en vie ! Voilà plus de vingt-cinq ans qu’elle ne s’était plus montrée, répondit Alanya, visiblement choquée de la revoir.
– Morgane Shine, la maîtresse de la magie composée, que l’on croyait morte depuis des années. Je ne sais pas ce qu’il s’est passé, mais son agresseur est dangereux. Seules les Elites Noires savent maîtriser une magie capable de l’atteindre.
– Ça n’en est pas une, lui dit Alanya. La plus puissante en termes de magie reste Phenyxia, mais elle n’a pas le niveau de Morgane.
– Les Elites Noires voient leurs magies, quelles qu’elles soient, augmentées de façon permanente à cause de leurs auras. Vu la puissance de Phenyxia, et son aura, elle doit certainement l’avoir dépassée après tout ce temps.
– Je ne crois pas. Je n’ai jamais vu de magie comparable à celle de Morgane. Même la tienne aujourd’hui ne vaut pas la sienne d’il y a vingt-cinq ans.
– Tu penses à un nouveau magicien ?
– Non. C’est un magicien expérimenté. Sa cible n’est pas anodine et son sort encore moins. Elle aurait pu souffrir atrocement encore quelques jours avant de succomber.
– Tu penses pouvoir la soigner avec Céleste ?
– Je n’aurais jamais du te montrer ce sort, tu n’es même plus impressionnable, sourit Alanya.

Alanya demanda à Jupiter de s’éloigner du divan de quelques mètres, puis commença à concentrer sa magie. Cinq secondes s’étaient écoulées, durant lesquelles elle mit sa main à quelques centimètres du visage de Morgane, puis descendait doucement le long de son corps. On pouvait voir les marques sur le corps se rétracter, comme si la lumière blanche leur faisait peur. En une trentaine de seconde seulement, elles avaient totalement disparues, et Morgane avait repris conscience.

– Où … où suis-je ? demanda-t-elle, la vue embrumée
– Tu es à Daline, mon amie, lui sourit Alanya.
– Alanya ? C’est toi ? Pourquoi suis-je ici ?
– Tu as été attaquée et laissée comme morte dans la région d’Indraar, répondit Jupiter. Tu ne t’en souviens pas ?

Au son de sa voix, Morgane se figea et resta muette. Elle semblait pétrifiée d’entendre son ancien élève lui adresser la parole. Sentant le malaise, Alanya demanda à Jupiter de se retirer. Bien que voulant rester, il savait qu’elle ne décrocherait pas un mot tant qu’il serait là.

– Repasse me voir dans deux jours, lui chuchota Alanya, en prenant bien soin que Morgane ne l’entende pas. On aura beaucoup à faire je pense.
– Très bien, je vais retourner là où je l’ai trouvée et chercher des traces de magies runiques. Il faut absolument retrouver celui qui a fait ça.

Jupiter disparu quelques secondes après. Quelques minutes plus tard, Khiera et Juventas se rendirent au temple pour avoir des nouvelles du maître de Jupiter. Alanya les informa de la scène qui venait de se passer, et leur demanda d’aller veiller sur Jupiter.
Alanya passa sa journée avec Morgane. Elle ne souffrait plus de la magie runique, mais certaines de ses capacités ne pouvaient être retrouvées qu’avec un peu de temps. Sa vue redevint normale au bout d’une heure et sa capacité à se déplacer normalement en fin de matinée. Après le déjeuner, elle était au meilleur de sa forme. Elle ne parla pas de ce qu’il s’était passé à Alanya, elle fuyait le sujet. Perdre un duel magique, chose qui ne lui était plus arrivé depuis qu’on la surnommait « La maîtresse de la magie ». Comment avait-elle pu perdre ? Comment n’avait-elle pu parer cette magie ? La magicienne se mit à douter d’elle-même et de ses capacités, comme si elle ne méritait pas sa réputation. Pour couronner le tout, elle n’avait aucun souvenir de cette défaite, aucun élément, aucune piste sur laquelle travailler pour faire face à celui qui l’avait malmené.

– Ne te torture pas. Tu as assez souffert pour le moment, ne crois-tu pas ? lui demanda Alanya, la sortant de sa pensée.
– J’ai passé ma vie entière au service de la magie. Je n’ai cessée de m’entraîner, de repousser mes limites. J’ai délaissé l’apprentissage physique pour atteindre un niveau tel que les coups ne me font rien. J’ai eu de nombreux surnoms comme « Reine de la magie » ou « Magicienne de la magie ». Ma puissance dépassait toutes les Elites Blanches et les Elites Noires. Maintenant, voilà qu’on se joue de moi, me battant, me blessant, me torturant mais surtout, en me laissant vivante. Mon agresseur aurait pu me tuer facilement, j’étais sans défense…

Alanya resta sans voix. Elle ne pouvait contredire ce qui était la vérité et elle savait combien cette vérité était dure.

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