– Je n’ai pas trouvé ça gentil de ta part de m’ignorer, fit une voix de femme.
– Hmm ? Quand est-ce que je t’ai ignorée ? répondit une autre voix de femme.
– Dans le Sanctuaire, pas un regard, pas une parole, encore plus distante que si j’étais une inconnue.
– Je ne pouvais pas montrer qu’on se connaissait, réfléchis un peu.
– Qu’est-ce que ça aurait changé que tu me connaisses ou non ? se plaignit la première voix.
– Sans vouloir t’offenser, tu es tout de même l’assassin le plus recherché de l’empire et je suis l’ancienne maîtresse des Elites Blanches. Ma réputation en prendrait un coup si des gens étaient amenés à faire un rapprochement.
– Possible, mais de là à m’ignorer et me prendre de haut de cette manière…
– Arrête de pleurer, Lysanna. Ce n’est pas de ma faute si nous avons deux réputations opposées. Bon tu as bientôt terminée ?
– Il m’en manque tout de même trente-sept.
– Trente-sept ?! Il va falloir accélérer le rythme, Jupiter m’a dit qu’il y aurait certainement du mouvement d’ici peu.
– Jupiter peut dire ce qu’il veut, ce n’est pas simple et il en a conscience. Sinon on peut toujours aller dans un petit village, qu’est-ce que tu en dis ?
– Il est hors de question de toucher à des innocents, compris ? S’il ne s’agissait pas d’homme de main des Auras Noires, je ne te laisserais même pas les approcher. Je ne comprends toujours pas comment tu peux aimer tuer pour le plaisir.
– Je suppose que c’est le résultat de ce que j’ai vécu. J’ai toujours dû tuer pour survivre, au début c’était lorsque je volais, puis on a commencé à me payer pour faire ça. Je dois reconnaitre que j’y ai pris du plaisir plus d’une fois. Au fait, maintenant que j’y pense, j’ai remarqué que la régente de Daline …
– Alanya, oui.
– Voilà, elle était perturbée de te voir en vie. Je sais que ça ne me regarde certainement pas, mais pourquoi a-t-elle réagit de la sorte ?
– C’est une histoire assez compliquée, fit Yuna de sa voix cristalline. Les deux mages discutèrent tout en pénétrant dans une ville tout aussi dévastée que l’était Terya. A peine avaient-elles passées les portes délabrées qu’un petit groupe composé de cinq hommes leur tombèrent dessus. Des hommes de mains de Sephiroth, facilement reconnaissable car une marque, telle celle d’un clan, était fièrement tatouée sur leurs épaules. Trois flammes noires entrecroisées, c’était le signe de Sephiroth. Il représentait Ignis Aetus, un sort à la flamme sombre qui consume tout ce qu’elle touche sans s’éteindre. Ignis Aetus est la signature des Elites Noires, un des sorts d’un niveau très élevé que peu de mages ont été capable de lancer.
Lysanna attendit que Yuna finisse sa phrase pour disparaître. Le premier homme s’apprêta à parler, faisant face à elles, mais aucun son ne sortit de sa bouche. Parmi ses quatre hommes, deux étaient situés juste derrière le premier, et les deux derniers surplombaient les autres, l’un depuis le toit d’une maison qui tombait en ruine, l’autre depuis l’une des deux portes de la ville. Ils tombèrent tous à plat ventre, sans un mot, sans pouvoir donner l’alerte. Celui qui semblait être le chef, eut le temps de voir ses hommes mourir mais ne put rien faire pour éviter de subir le même sort. Il s’étala de tout son long, couvrant le sol de son sang. Lysanna reparu aux côté de Yuna, essuyant la lame ensanglantée qu’elle tenait dans une main sur un chiffon avant de la ranger dans un fourreau qu’elle plaça à sa taille.

– La ville de Juno n’est pas très accueillante. Il m’en reste encore trente deux, fit-elle en arborant un sourire qui fit froid dans le dos de Yuna. Elle venait de tuer cinq hommes de sang-froid et affichait un sourire immuable, bien que ça soit son amie, cette femme était effrayante. Tu peux raconter ton histoire maintenant. Yuna soupira puis prit la parole.
– Alanya me croyait morte et ce n’est pas la seule. Lorsqu’une personne devient une Elite Blanche, elle le reste jusqu’à sa mort. Du moins, c’est ce que pensent toutes les personnes à qui tu poseras la question.
– Elle ne t’a pas demandé ce qu’il s’est passé pour qu’elle prenne ta place ?
– Non, elle ne se permettrait pas de me poser la question. Tu sais, Alanya était mon élève, notre relation a toujours été une relation d’un maître à son élève. Le respect qu’elle m’a toujours porté l’empêche de me demander pourquoi elle se retrouve maîtresse des Elites Blanches. Elle assure désormais très bien ce rôle, et je l’en félicite. Il n’est nullement utile de lui donner la raison, elle a été formée dans ce but.
– Et que t’est-il arrivé ? Yuna se demandait comment Lysanna camouflerait sa question et dans combien de temps elle la lui poserait, mais elle ne s’attendait pas à une demande aussi directe. La seule réaction qu’elle eut sur le coup fut de rire de surprise. Qu’est-ce qu’il y a ? Pourquoi te moques-tu de moi ?
– Je ne me moque pas de toi, je ne m’attendais pas à ce que tu me poses la question de cette manière. Je pensais que tu le ferais par des moyens détournés et subtiles.
– Si tu ne veux pas me l’expliquer, ça m’évitera de perdre du temps au moins. Yuna examina la jeune femme en silence, gardant son sourire impeccable.
– Tu as déjà entendu parler des Legacy ? Lysanna acquiesça d’un geste de la tête.
– Si je me souviens bien, il s’agit de la légende concernant les trois guerriers millénaires. Elypsya la pure, Yolvin le neutre et Spira la chaotique. Elypsya était la première Elite Blanche d’après la légende. Elle serait la créatrice du Sanctuaire, fondatrice de l’ordre des Elites Blanches et protectrice de Daline. Yolvin était celui dont la légende parlait le moins. Il n’était pas foncièrement méchant, mais il ne rendait pas service aux gens sans un retour de leur part. Il offrait sa puissance au plus offrant et n’avait aucune pitié, bien qu’il n’aimait pas tuer par plaisir. Spira, quant à elle, était la rivale d’Elypsya. A l’instar de cette dernière, elle fut la première Elite Noire et tenta d’asservir l’humanité ainsi que les races civilisées de cette époque. Leurs puissances étaient incomparables, telles qu’ils furent respectivement surnommés l’Aura Pure, l’Aura Pourpre et l’Aura Chaotique. C’est comme ça que Jupiter m’a expliqué cette légende. Lysanna racontait cette histoire avec passion. Elle était visiblement intéressée par ce récit qui mettait en œuvre des personnages possédant une puissance comme les gens de cette époque n’en avait jamais connu.
– Il ne s’agit pas d’une simple légende, Lysanna. Yuna marqua un temps d’arrêt en faisant attention que personne n’était dans les alentours pour entendre ce qu’elle avait à dire. Elle lança un sort de détection mineur et constata avec étonnement que la ville était presque abandonnée. Seuls quelques hommes, qui se trouvaient de l’autre côté de la ville, étaient présents. Une fois assurée qu’elles étaient seules, elle reprit de sa voix douce. Je vais commencer par le début. Le monde est si vieux que les premières traces de magies datent de plusieurs millénaires. La première race à l’avoir domptée fut les Elfes, et comme tu le sais, la soif de magie les a amenés à se séparer en plusieurs groupes maintenant nommés Elfes de Sang et Anciens Elfes. Notre race, primitive en ces temps reculés, n’apprit la magie que grâce à quelques pionniers qui ont sympathisés avec les Anciens Elfes. Quand nos cités ont commencées à se bâtir, et que des académies virent le jour, certains régents ont commencés à y instaurer des cours de magies. Elle a fini par se démocratiser et faire partie intégrante de notre culture, il y a maintenant un peu plus d’un millénaire. La magie devenant courante, les premières différences de niveaux commencèrent à se faire ressentir, et certains prirent leur puissance magique pour un pouvoir qui les plaçait au-dessus des autres. Notre race a commencé à se scinder en deux parties que l’on pourrait grossièrement appeler ceux qui s’en servait pour faire le bien et ceux qui s’en servait pour faire le mal. A l’époque, un phénomène nouveau surpris les membres des deux groupes, aussi bien les plus faibles que les leaders, que maintenant nous connaissons sous le nom de phénomène des Auras. Au total, vingt-quatre personnes reçurent une aura, douze Blanches et douze Noires.
– Bien que l’on connaisse ce phénomène, personne ne sait d’où il vient, non ?
– Il y a quelques temps, nous avons trouvé la source des Auras. Enfin, un livre qui expliquait tout son fonctionnement du moins. (Lysanna allait l’interrompre pour poser une autre question mais Yuna l’en empêcha en poursuivant). Ce livre était écrit par Zalek, le mage pour qui la magie n’avait aucun secret. D’après ses propres recherches, un dieu très ancien, répondant au nom de Rylek’thul, en était là cause. Il n’explique cependant pas comment ce dernier procède.
– Un dieu très ancien ? Je pensais que le seul qui existait était C’thun, qui est dans Silithus.
– D’après Zalek, les dieux très anciens sont au nombre de huit, et comme toi, je n’avais entendu parler que de C’thun avant d’entendre le nom de Rylek’thul.
– Huit ? mais c’est énorme ! s’inquiéta soudainement Lysanna. Les histoires sur la puissance de C’thun sont ahurissantes, s’il y a sept autres monstres comme lui, l’humanité pourrait être balayé d’un simple geste.
– Ne t’inquiète pas pour ça, la rassura Yuna. Rylek’thul, fut le créateur des premiers êtres vivants hors dieux et démons primordiaux. Les autres dieux n’étaient pas d’accord pour que des êtres vivants dotés d’un pouvoir de réflexion voient le jour. Afin de nous protéger du courroux de ces dieux en colère, il créa des auras qui d’une puissance combinée pourraient défaire les dieux. Mais ces auras ne sont pas celles que tu connais.
– Où veux-tu en venir ? demanda-t-elle, curieuse.
– Il y a mille ans, lorsque les Auras sont apparues, elles n’étaient pas au nombre de vingt-quatre, mais vingt-sept. Les Legacy de la légende possédaient des Auras propres à elles-mêmes. L’Aura Pure, Elypsya, était la chef des Elites Blanches, mais n’en faisait pas partie. Comme les Elites Blanches, elle avait tous les pouvoirs des Auras Blanches, mais étant un niveau au-dessus, elle possédait aussi tous ceux des Elites. Sans compter sa propre puissance, elle était déjà plus forte que n’importe quel autre mage blanc. De son côté, Spira avait les mêmes avantages, et quand tu sais qu’une Aura Noire voit son potentiel augmenter en permanence, je n’ose imaginer la puissance que possède une Aura Chaotique.
– Et pour l’Aura Pourpre ? Lysanna commença à prendre peur. Elle comprit que Yuna ne plaisantait pas, son histoire était trop profonde pour être destinée à l’effrayer. Elle tenta de ne pas le montrer à son amie mais elle le cacha difficilement. Cette dernière s’en rendit compte mais ne lui fit pas remarquer.
– L’Aura Pourpre, c’est une bonne question. D’après Zalek, sa puissance reste à déterminer, mais ni l’Aura Pure, ni l’Aura Chaotique ne se sont mesurées à elle.
– Donc si j’ai bien compris, tu insinues qu’Alanya est devenue l’Aura maîtresse des Elites Blanches car tu es devenue l’Aura Pure ? Yuna acquiesça de la tête. Mais c’est fantastique, tu es en mesure de défaire Sephiroth facilement dans ce cas.
– Non, Sephiroth est plus puissant que moi à l’heure actuelle. Après la mort de Madava, il y a une dizaine d’années, il est devenu l’Elite Noire la plus puissante. En cet instant, il ne doit plus en être une, conclu gravement Yuna. Reprenons notre mission, trente-deux hommes des légions noires à tuer, ça ne se fait pas comme ça. Lysanna était sous le choc, l’excitation de la nouvelle venait de redescendre et elle réalisa que Sephiroth n’était pas moins puissant qu’elle. Yuna était bien trop intelligente pour laisser passer la chance d’en finir avec lui si elle en était capable, et si la légende concernant les Legacy s’avère être vraie, la puissance de ce dernier sera telle que personne ne pourra en venir à bout.


Elles prirent une grande avenue déserte, et marchèrent le long de la route, qui semblait traverser toute la ville. Yuna lança régulièrement son sort de détection pour ne pas louper d’homme solitaire à abattre. Lysanna se concentra sur la mission et se prépara à fondre sur des ennemis qui n’auraient pas le temps de comprendre ce qu’il leur arrive et seraient mort avant de pouvoir riposter. Cela leur prit trois jours pour finir de tuer trente-deux hommes de main de Sephiroth, ce qui s’avéra être peu. Jupiter avait compté plusieurs semaines pour remplir cette tâche, mais elles avaient eu de la chance, quelques jours plus tôt, d’être tombées sur un groupe désorganisé de bandit, que Lysanna a décimé avec une grande facilité. Leur tâche étant accomplie, Lysanna repartit dans son repaire et ne rejoindrait le Sanctuaire que le lendemain, lorsque Yuna y serait déjà. Cette demande de la part de l’ancienne maîtresse blanche vexa l’assassin rouge mais elle fit mine d’accepter ce qu’elle lui proposait.

Yuna pénétra dans le Sanctuaire, où Jupiter lui avait dit qu’il s’entraînait régulièrement. Elle ne l’avait pas revu depuis qu’il avait été blessé, et se rendit compte de la chance qu’ils avaient eu, de discuter de ce qu’ils devaient préparer, avant d’affronter Anima. Elle fut surprise d’y trouver une bonne quinzaine de personnes qu’elle ne connaissait pas. Jupiter était absent ainsi qu’Alanya, mais des têtes qu’elle avait déjà aperçues l’observaient. Elle reconnut Juventas, ainsi que la jeune sœur d’Uriel dont elle ne se souvenait pas le nom. Une autre tête attira son attention, celle d’une jeune femme, que Juventas aurait appelée « Immortelle » car elle maîtrisait cette magie, et à dire vrai, elle n’était pas plus jeune qu’elle-même. Blonde, comme toutes les Auras Blanches de la cité hormis Alanya, elle avait une coiffure simple mais peu courante. Ses cheveux s’entremêlaient pour ne former qu’une longue tresse descendant jusqu’à ses chevilles, surplombée par une tiare d’argent sur laquelle était représenté le symbole de Daline. Elle était vêtue d’une robe blanche similaire à celle qu’arborait Calya avant de se la faire déchirer par Tanselar. Sur son visage, une fine bouche était fermée par de petites lèvres roses, elle avait un nez aquilin et des yeux bleus perçant. Ses oreilles étaient percées et à la différence de beaucoup de magiciennes, elles portaient des boucles d’oreille argentée de la même teinte que sa tiare. Elle fixait Yuna, médusée et méfiante à la fois.

– Dame Yuna, s’enquit-elle d’une voix chancelante, est-ce bien vous ?
– En effet, Asterya, c’est bien moi.
– Je n’aurais jamais pensé vous revoir, Dame Yuna. C’est une excellente nouvelle de vous savoir parmi nous. Asterya était courtoise et sereine, mais son ton trahissait une surprise qui la dépassait. Tout comme Alanya, ou bien Morgane quelques semaines plus tôt, elle pensait que Yuna ne pouvait être vivante.
– Le plaisir est partagé, je suis contente de te voir en aussi bonne forme. Tu sembles plus sûre et plus confiante que la dernière fois que je t’ai vu. Plus puissante aussi, je peux voir la marque des combats sur ton visage. Cette dernière phrase, bien que prononcée sur un ton calme et posé, avait un arrière-goût amer. Yuna était triste de voir qu’une ancienne Aura Blanche qu’elle avait connue à son plus jeune âge, au tout début de son entraînement, avait connu les souffrances de la guerre. Cette jeune fille pure à l’époque s’était transformée en une femme aguerrie qui a maintenant du sang sur les mains. Que faîtes-vous ici, se reprit-elle ?
– Dame Alanya nous a convoqué pour s’entraîner intensivement, répondit Asterya, qui semblait être à la tête de ce groupuscule d’entraînement. Grâce aux chimères, s’empressa-t-elle d’ajouter, elles font de bons adversaires pour les mages. J’étais sceptique, mais je dois reconnaître que cette technique fonctionne bien, je m’y suis essayé, ainsi que Nemerya, et nous avons toutes deux avoués que se battre contre des chimères permets de voir de nouvelles façons de se battre et d’utiliser nos énergies.

Yuna observait en silence un jeune homme blond, épais et bien bâti, combattre une chimère qu’elle connaissait sous le nom de Myûr. La créature, haute comme un homme, manipulait les armes blanches aussi bien que son adversaire, à la différence qu’elle en avait une différente dans chaque main, qui étaient au nombre étonnant de quatre. Une dague et une épée courte dans ses mains supérieures et une hache accompagnée d’une morgenstern dans les mains inférieures. Une tête de lézard, un corps d’écaille tel un alligator, des mains possédants des griffes plus que des doigts, et deux jambes similaires aux bras si ce n’est une différence notable, les muscles. Les jambes étaient bien plus épaisses et puissantes, ce qui lui permettait, comme elle venait de le voir durant l’échange entre les deux combattants, de sauter à une hauteur vertigineuse d’une simple poussée sur ses pieds.

Uriel ne possédait qu’une seule lame et semblait réussir à faire face aux quatre armes de Myûr. Plus à l’aise que jamais, il menait l’offensive face à son adversaire qui malgré la supériorité numérique de ses armes ne tenait pas face à la hargne que montrait l’humain. Myûr tenta néanmoins une parade, il bloqua la lame d’Uriel avec deux des siennes, tout en lui assénant un coup transversal avec son fléau. Uriel ne vit pas le coup venir et sentit les pics s’enfoncer dans son buste. Il ne bougea pas malgré la puissance utilisée et la blessure infligée. Des gouttes de sang ruisselaient le long de ses jambes et un sourire satisfait commença à s’élargir sur la gueule de reptile de Myûr.


La lame, bloquée par les deux armes de la chimère, était brandie par la main droite. Le bras gauche, libre de tout mouvement, à l’étonnement de Yuna, ne dégagea pas la morgenstern mais se saisit d’un des deux bras de Myûr afin de pouvoir mouvoir sa lame. Surpris, le monstre relâcha la pression qu’il exerçait sur Uriel, juste assez pour que ce dernier puisse utiliser son épée et trancher le bras supérieur droit, qui tomba inerte sur le sol. Dans un cri de douleur assourdissant, la créature recula d’un bond pour reprendre ses esprits, fixant son bras mutilé avec des yeux remplis de rage. Uriel en profita pour jeter un coup d’œil à son torse meurtri, il saignait là où quelques pics s’étaient enfoncés, mais ils ne lui avaient pas déchiré la peau, l’échange était donc gagné de son côté. Ils allaient tous les deux se ruer l’un sur l’autre quand Yuna s’interposa pour les tenir à distance l’un de l’autre.

– Arrêtez-vous tous les deux. Vous allez finir par vous tuer. Les deux opposants s’arrêtèrent net à quelques mètres de Yuna. Uriel fixa la jeune femme qui lui sembla plus jeune que lui.
– Qui es-tu pour perturber notre entraînement ? Il employa un ton qui étonna toutes les personnes présentes ici, hormis les humains qui n’étaient pas issus de ce monde. Même Myûr fut surpris de le voir parler ainsi à son maître.
– Tu appelles ceci un entraînement ? Il t’a planté l’abdomen et tu lui as coupé son bras. J’ai connu des combats à mort qui coûtaient moins que ça à leurs protagonistes.
– Tu m’as l’air jeune pour avoir vu beaucoup de combat à mort, répondit Uriel sur un ton moqueur.
– Tu veux peut-être faire une vérification en m’affrontant ? Yuna répondit exprès de manière insolente. Uriel se sentant supérieur acceptera une confrontation pour la faire taire.
– Je ne voudrais pas te blesser, en plus d’être jeune, tu me parais aussi fragile que l’est ma jeune sœur.
– Ne pas se fier aux apparences, ton maître ne te l’a jamais appris ?
– Mon maître m’a aussi appris à faire taire les vantards, même lorsqu’il s’agît d’une fille. Uriel arborait un sourire confiant, que Yuna ne lui rendit pas. Juventas tenta d’intervenir pour le sortir de cette confrontation qu’il perdra quoiqu’il arrive, mais il ne lui laissa pas le temps de parler. On y va maintenant ?
– Tu devrais au moins te faire soigner, intervint Khiera, au lieu de faire le fanfaron. Laisse-moi voir ça.

Alors que sa sœur s’approchait pour le soigner, Asterya lança une boule d’énergie verte sur la plaie du jeune homme qui cicatrisa la blessure immédiatement avant de parler à son tour.
– Voilà qui devrait suffire, vous pouvez vous affronter maintenant. Asterya s’amusa de voir Uriel tenir tête à Yuna, de la même manière que cette dernière à la vue de la réaction du mage.
– Merci Dame Asterya. Aussi rapide et efficace que Dame Alanya, ajouta Uriel pour complimenter la magicienne blanche.

Il se rua sur Yuna en brandissant sa lame de la main droite prête à trancher ce qui se trouvera sur sa route. Cette dernière se saisit de son bâton et para l’attaque d’Uriel avec une facilité que remarquèrent tous les spectateurs, même les mages qui n’ont pas l’habitude de ce genre de combat. Ils se firent quelques passes mais les mouvements fluides et rapides contre Myûr paraissaient lents et imprécis contre la jeune femme. Il tenta d’utiliser des sorts de magies noires pour mettre son adversaire en difficulté et ainsi se servir de son arme pour lui porter un coup qui lui ferait regretter sa prétendue vantardise, mais Yuna ne commettait aucune erreur et ne laissait aucune ouverture au jeune combattant. Un de ses sorts fini par toucher le visage de son opposante, et tandis qu’elle basculait en arrière, il se rapprocha à la vitesse de l’éclair pour planter son corps sans défense. Dès qu’elle fut à porter de sa lame, il fendit l’air pour transpercer son adversaire qui ne semblait pas pouvoir réagir. Mais son adversaire n’était pas une simple prétentieuse, et elle montra à toute l’assemblée de quoi elle était capable. Alors qu’elle basculait en arrière, elle donna un coup avec son pied droit qui désarma Uriel, projetant son arme dans les airs, tout en s’appuyant sur ses mains pour ne pas tomber et ainsi faire un tour complet sur elle-même. Elle rattrapa l’épée d’Uriel qu’elle brandit sous la gorge de ce dernier, l’empêchant tout mouvement.

– Il me semble que tu as perdu, vantard. Toutes les personnes présentes regardaient l’ancienne prêtresse avec des yeux ronds. Plus de dix ans s’étaient écoulés depuis que Yuna avait disparût, et pourtant elle n’avait pas changé de comportement. Elle était toujours aussi moqueuse, agissant et parlant comme une adolescente en temps normal. Personne n’en voulait à Uriel d’être tombé dans le piège qu’elle affectionne particulièrement.
– Tu n’es pas un simple invocateur n’est-ce pas ?
– Qu’est-ce qui te fais dire ça, répondit-elle étonnée de ce qu’il venait de déclarer ? Nous ne nous sommes même pas battus, je t’ai simplement désarmé.
– Tout d’abord, tu m’as désarmé d’une façon peut conventionnelle et avec une facilité qui pourrait me faire douter de mes capacités. Ensuite, regarde mon poignet. Yuna s’approcha et découvrit un poignet qui n’avait plus de peau, on y voyait de la chair et quelques tendons et ligaments à quelques endroits. Tu as mis de la magie dans ton pied au moment où tu venais de te prendre un sort de plein fouet, tu étais aveuglée et tu tombais à la renverse. Sans une complète maîtrise de ta puissance, il t’était impossible de faire cet enchaînement. Et enfin tu as récupéré mon arme, calculant où tu allais te remettre sur pied et dosant ton coup pour qu’elle te retombe directement dessus. Yuna fût littéralement prise au dépourvu en écoutant le jeune homme parler. Elle n’avait jamais vu quelqu’un faire une description aussi complète en quelques secondes. Bien qu’il vienne de perdre et qu’il voie sont poignet fondre, il a été capable d’analyser ce qu’elle avait fait.
– En effet, je ne suis pas un simple invocateur. Je te félicite pour ton analyse, même si tu as fait quelques petites erreurs. Je me suis volontairement pris ton coup au visage, je savais que tu viendrais au corps à corps si j’étais déséquilibré, mais ça tu ne pouvais pas le savoir. En revanche, je sentais ta présence. C’est comme ça que j’ai pu te mettre un coup et te désarmer. En tout cas, je te félicite pour ta capacité à analyser et interpréter les actions de tes adversaires.
– Je vois, nous ne jouons pas dans la même cours. Puis-je te demander ton nom ? Je voudrais pouvoir te demander une revanche quand j’aurais plus de niveau.
– Sans vouloir te déprimer, je ne pense pas que tu sois un jour à mon niveau, mais rien ne t’empêcheras de retenter ta chance. Uriel souriait après avoir entendu ce qu’elle venait de dire. Une furieuse envie de s’entraîner et de lui faire comprendre qu’il n’allait pas baisser les bras aussi facilement.
– Tu ne m’as toujours pas dis ton nom, vantarde.
– Je m’appelle Yuna Aplysia, Ancienne Grande Prêtresse, Ancienne Maîtresse des Elites Blanches et Régente de Daline.

Toutes les personnes présentes n’attendaient que le moment où Uriel apprendrait le véritable nom de la jeune femme, afin de voir quelle serait sa réaction. Drael et Shika avaient pariés qu’il s’excuserait pour son impertinence et Khiera leur avait soutenu qu’il ne ferait qu’en rajouter une couche. Toutes les autres personnes partageaient l’avis de Drael et Shika et à l’étonnement général, ce fût sa sœur qui eut raison.

– C’est ça l’ancienne Prêtresse de Daline ? Une gamine vantarde qui fait plus jeune que moi ? Heureusement qu’Alanya te remplace, elle a un peu plus de classe que toi.
– Qu’est-ce que tu viens de dire ? rétorqua aussitôt Yuna. Tu veux que je te refasse regretter tes paroles ? Tu sais à qui tu parles là ?
– Comment quelqu’un comme toi est devenue la régente d’une cité aussi importante avec une mentalité d’adolescente retardée ?
– Certainement à force de botter le cul des petits impertinents dans ton genre.
– Dame Yuna, Uriel, calmez-vous voyons, intervint Asterya.
– Je me calmerais quand elle se sera excusée d’avoir interrompu mon entraînement avec Myûr.
– Tu veux que je m’excuse alors que tu as mutilé une de mes chimères ?
– On l’aurait soigné, tu nous prends pour des sauvages ?
– Si tu soignes aussi bien que tu combats, excuse-moi d’être inquiète pour la santé de ma chimère.
– Je m’en serais chargé, Dame Yuna, les interrompis une nouvelle fois Asterya. Soyez assurée qu’aucune chimère n’est laissé dans un état affaiblit. S’il vous plaît, reprenez vos esprits tous les deux. Ce n’est pas le moment de se monter les uns contre les autres.
– Pourquoi tout ce monde s’entraîne en ce moment, demanda enfin la jeune femme ?

Elle regarda autour d’elle et vit que tout le monde les observaient. Certains étaient dans un piteux état, d’autres fatigués, ce qui laissa penser à Yuna qu’ils s’entraînaient vraiment très durement. Un rapide coup d’œil sur le sol devenu rouge à cause du sang lui fit comprendre qu’ils prenaient tous à cœur ce qu’on leur demandait.


– Jupiter nous a demandé de nous entraîner du mieux que nous le pouvons. Il craint une attaque dans les semaines à venir et voudrait renforcer notre puissance. Khiera venait de prendre la parole, ne laissant pas le temps à Asterya d’expliquer la situation à son ancien maître. Dame Alanya n’a fait que suivre la demande de Jupiter, Dame Yuna.
– Une attaque ? dans les semaines à venir ?
– Nous n’avons aucune information, là-dessus, veuillez nous en excuser, ajouta Asterya, une expression désolée sur le visage. Dame Alanya a expressément demandé à toutes les personnes présentes ici de s’entraîner dans cette optique, sans nous donner de détails. Je pense qu’il faudra attendre son retour pour en avoir plus.
– Très bien, dans ce cas, poursuivez l’entraînement. Je vais attendre le retour d’Alanya ici.

Ils reprirent tous l’entraînement, en affrontant diverses chimères à tours de rôle. Uriel, blessé par la magie de Yuna, ne s’entraînait pas pour le moment. Il observait silencieusement ses amis, analysant le moindre des mouvements des adversaires afin de trouver une faiblesse qu’il aurait exploité s’il avait combattu. Yuna quant à elle, était intriguée par la façon d’être de son ancien opposant. Il n’était vraiment pas puissant comparé aux Auras Blanches, mais il réfléchissait bien mieux que la plupart.

Cet entraînement dura plusieurs jours à ce rythme effréné. L’arrivée d’Alanya ne changea pas le déroulement des combats et tous se prêtèrent à l’exercice, y compris Yuna et Alanya.

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