Cinquième jour après l’attaque de Humberland. Une armée de monstres se rapprochait dangereusement de Gharve. Ils avaient progressés rapidement depuis le nord de Silithus, prenant soin d’éradiquer tous les humains qu’ils croisaient. Lorsqu’un mage tentait de s’échapper, Phenyxia et son apprentie s’occupait de son cas, le torturant jusqu’à ce que sa mort survienne.
L’appétit des Silithides semblait sans fin. Le peu de chair fraîche à laquelle ils purent goûter le temps de leur voyage n’eut pour effet que d’agrandir leur soif de sang. Mais pour autant, aucun ne tenta de s’en prendre aux magiciennes, non simplement parce que Skeram le leur avait interdit, mais surtout parce qu’elles dégageaient une aura si meurtrière que tous les craignirent.
Phenyxia ordonna à Skeram d’arrêter ses troupes. Il exécuta l’ordre, permettant ainsi à la magicienne et à son apprentie de créer leur sort d’annulation de magie. Elles se téléportèrent à quelques kilomètres de là ou se trouvait l’armée d’insectes géant. La ville n’était pas encore à portée de vue, mais l’Elite Noire en profita pour initier Nesterya aux rudiments du sort qu’elles allaient utiliser. Après une longue marche sous le soleil qui atteignait son zénith, les deux mages se firent face et commencèrent l’incantation.
Un lien translucide à peine visible partait de leur mains et se rejoignaient à mi-distance d’elles. Elles se tournèrent lentement en direction de la ville, le centre du lien se rapprochant de Gharve. En quelques minutes seulement, le lien se tenait au centre de la ville. Lorsqu’il ne bougea plus, les magiciennes noires envoyèrent de l’énergie canalisée et une surface arrondie se dessina. Plus la surface s’étirait, plus les magiciennes durent accroître la puissance de leur canalisation, jusqu’à ce qu’un dôme se dessine.
Les habitants ne se rendirent compte de rien, pas même les mages présents. Phenyxia avait réussi son coup, le plus dur était passé. Alors que le dôme grandissait, afin d’englober la ville, avec cinq kilomètres de marge tout autour pour ne prendre aucun risques, Skeram fût prévenu et put reprendre la marche en direction de Gharve.
Comme prévu, l’armée ne fut aux abords de Gharve qu’à la tombée de la nuit. La forêt des alentours ainsi que l’ombre de la nuit offrait un camouflage parfait aux assaillants, qui patientèrent que le village s’endorme avant de passer à l’offensive. Le dôme atteignit le sol peu avant que tous les habitant ne soient couchés, et toutes les lumières furent coupées dès lors que le sort fut terminé.
Un habitant sortit de chez lui, troublé par l’extinction de sa lumière et l’incapacité à la rallumer et à utiliser un sort. Il ne fut pas le seul dans ce cas-là, un de ses voisins eut la même réaction que lui. Ils décidèrent d’un commun accord à trouver un garde afin de lui faire part de cette disparition de magie. Heureusement pour eux, la lune était seule dans le ciel, et elle produisait suffisamment de lumière pour réussir à se repérer dans la ville endormie. Après une courte recherche, ils tombèrent sur un garde qui marchait précipitamment en direction de la porte de la ville. Il leur expliqua brièvement qu’après l’attaque de Humberland, l’état d’alerte était au rouge. La population n’avait été évacuée qu’au trois quart, la population étant trop importante pour réussir à tous les téléporter à la capitale.
La discussion fut rapidement avortée, une explosion dans un mur à proximité d’eux les interrompit. Le manque de luminosité les empêcha de voir correctement ce qui avait causé l’explosion du mur, mais des bruits de mandibules se firent entendre. De grandes ombres menaçantes traversaient à présent le pan du mur brisé et vinrent saccager les habitations, vides pour la plupart. Une autre explosion attira l’attention du garde et des deux citoyens, suivie de près par des cris de douleurs.
Des femmes appelaient au secours dans la rue voisine, mais elles ne purent recevoir aucune aide. Le monstre était aussi grand que le bâtiment, qu’il venait de détruire d’un coup de patte. Le corps d’une femme était empalé sur cette même patte, déjà morte. Celle qui criait encore était au sol, un bras en moins, vraisemblablement mangé par la créature qui poussa un bruit assourdissant, lequel en attira d’autres, plus petites qu’un humain. Elles se ruèrent sur la femme mutilée avec une précision qui laissa penser que la nuit n’était pas un inconvénient pour elles. Les hommes assistèrent à ce macabre spectacle, impuissant, d’une femme se faisant dévorée vivante par quatre Silithides.
Le repas fût de courte durée, et loin d’être rassasiés, ils repérèrent les hommes qui, malgré leur silence, ne les dissimula pas de ces prédateurs affamés. Ils s’enfuirent en courant, tout en entendant des combats à l’arme blanche, de la part d’autres soldats, dans plusieurs quartiers de la ville. Ils rejoignirent la porte d’entrée, où le gros de l’armée était présente et en plein combat. De nombreux Qirajis étaient déjà tombés, mais il en revenait sans cesse. Il n’y avait aucun espoir pour les humains, s’ils restaient à combattre. Certains soldats l’avaient rapidement compris et avaient incités les plus jeunes et endurants à s’enfuir. Privés de leur magie, c’était leur unique chance de survie.
Le chef de garnison ordonna à un jeune garde, connu pour sa rapidité, de rejoindre Miist ou une autre ville au plus vite, afin de prévenir qu’ils venaient d’être assiégés par des monstres venus du sud. Il forma un groupe de cinq guerriers et tenta une percée afin d’offrir une échappatoire à son jeune soldat. Leurs lances permettaient au soldat d’empaler les Qirajis à distances, ce qui les mettait hors de danger d’éventuelles blessures. La percée permit aux soldats de dépasser la porte principale, mais elle s’arrêta brusquement lorsqu’un Abyssan sortit de la terre. En se dressant de toute sa hauteur, les gardes sentirent le sol trembler sous leurs pieds. Une tête monstrueuse d’homme avec un museau de chien et un châle de pierre sur le crâne tombant jusqu’à son cou, mesurant au moins trois fois leur taille, apparu sous leurs yeux ébahi, tandis qu’ils sentirent le sol se soulever. Ils étaient placés exactement à l’endroit où se trouvait la main du géant dans la terre, qui les porta devant son visage. Ils contemplèrent impuissant, l’état de la ville, depuis la cinquantaine de mètre d’altitude à laquelle le monstre les avait hissé. Ce monstre sadique les observa et les garda prisonniers dans sa main gargantuesque qu’il referma sur eux. Il se déplaça à travers toute la ville, écrasant les bâtiments, les habitants ainsi que ses alliés, trop occupés à dévorés les humains pour s’apercevoir qu’ils allaient mourir ratatinés.
La créature les garda prisonniers jusqu’à ce que la ville soit totalement annihilé, et que Skeram, prévenu par Phenyxia qu’il ne restait que cinq humains vivants, ait ordonné la retraite. Il les porta à nouveau à son visage et les lança un par un dans sa bouche, offrant une fin rapide mais sanglante aux derniers survivants de ce carnage.
Phenyxia retira la protection, épuisée par l’énergie consumée par la canalisation du dôme d’annulation de magie, et rejoignis rapidement Skeram et son armée de monstre. Ils se félicitèrent mutuellement pour l’exécution sans accroc du plan et se mirent en marche à l’assaut de Miist. Les pertes Silithides étaient infimes, moins d’une pour mille, et aucun survivant n’a réussi à quitter la ville. Ils devraient arriver à Miist d’ici trois jours, en conservant l’avantage de la surprise concernant les Qirajis.
>>