Morgane errait dans les couloirs de la demeure d’Alanya. Elle n’arrivait pas à trouver le sommeil, se demandant comment un être plus puissant qu’elle n’avait jamais été mentionné, à cette époque comme celle d’avant. Etait-ce sa magie qui diminuait ou celle des autres qui augmentait ?

Toute la nuit, elle se posa des questions sur ce qui venait de se passer. Le matin arrivait et elle n’avait toujours pas fermé l’œil de la nuit. Le demi-soleil éclairait la cité de Daline de ses timides rayons, permettant aux plus matinaux de vaquer à leurs occupations. La ville était orientée plein ouest, l’est étant principalement de hautes montagnes, larges et épaisses, assurant une protection exceptionnelle. Une haute muraille d’une quarantaine de mètres de haut décrivait un arc de cercle du nord au sud, englobant l’intégralité de la capitale. De nombreux gardes patrouillaient en son sommet, guettant toute menace extérieur. En son centre, une gigantesque porte permettait à une légion entière d’entrer d’une traite. Une route pavée, à peine plus large que la porte, établissait une voie directe pour le palais de l’impératrice, qui se situait à quelques lieues dans les montagnes.

Malgré la distance, le palais impérial était tout autant somptueux qu’impressionnant. On pouvait y voir des tours sur les côtés, ainsi que les gardes pour les yeux entraînés. L’entrée n’était pas aussi imposante que la muraille, mais il en émanait un effet de grandeur, à l’image de l’impératrice. Sur le long de la voie, il y avait des commerçant, qui en cette heure matinale préparaient leurs échoppes, et des habitations endormies.

Daline était grande et très peuplée. Mais malgré sa population, la ville était calme. Peu de vols, peu de crimes étaient commis dans la capitale. Les Elites Blanches, ainsi que leurs gardes, impressionnaient trop les habitants pour qu’ils osent les défier.
Morgane passa devant l’académie de magie, contemplant ses portes en bronzes. Des souvenirs lui traversèrent l’esprit. Elle se rappelait lorsqu’elle était étudiante ici. Les professeurs l’admiraient, les élèves la prenaient en exemple et ses ennemis la craignaient. Major de magie blanche, plusieurs fois invitée par les mages célestes à les rejoindre, membre d’or du cercle des invocateurs, elle fut la première à pouvoir invoquer Bahamut, le dragon élémentaire divin, avant de passer en troisième année d’étude.

Plusieurs années après, elle revenait à l’académie, non plus en tant qu’étudiante ou professeur, mais en temps qu’un des mages célestes, titre donné aux treize plus puissants mages du monde, autre que les mages noirs. Dirigeante des troupes, stratège des magiciens de Daline lors de la guerre contre les Elites Noires, elle était, à l’époque, le plus grand ennemi de ces dernières. Tout ceci était maintenant loin derrière elle. Elle avait fini par quitter l’ordre des mages célestes ainsi que le conseil de Daline et s’exila pendant plusieurs décennies.

– Vingt-cinq années que je n’avais plus vu cette porte, pensa-t-elle. Dire que j’étais redouté de tous et que maintenant un inconnu peut me vaincre. Morgane commença à parler, puis à hurler. Je ne te laisserai pas m’humilier de la sorte sans réagir, je ne sais pas qui tu es, mais je te tuerai hurla-t-elle, folle de rage.

Les quelques habitants debout de si bon matin, la regardaient, la prenant pour une folle. Personne ne reconnaissait la magicienne légendaire qui se trouvait devant eux. Ils étaient trop jeune, le plus vieux avait l’air d’avoir une quarantaine d’année, tout au plus.

Une fois qu’elle eût repris ses esprits, elle retourna dans la demeure d’Alanya. Cette dernière l’attendait devant la porte en or. Elle n’avait ni l’air inquiète, ni l’air énervé. Elle restait calmement debout, patientant que Morgane revienne d’elle-même. La voir revenir ne l’étonna pas, mais le fait de la voir énervée, si.

– Qu’y a-t-il ? demanda Alanya d’une voix bienveillante.
– Rien de particulier, de mauvais souvenirs, comme hier, répondit Morgane qui semblait s’être calmée en prononçant ces mots.
– Jupiter va venir aujourd’hui, annonça subitement Alanya qui guetta la réaction de son amie, si tu ne veux pas lui parler, ne tarde pas trop.
– Ce n’est pas que je ne veux pas lui parler, mais je ne peux pas faire comme si de rien n’était…
– Tu n’es pas la première personne victime d’agression qu’il voit, ne t’en fais pas, dit Alanya en lui lançant un sourire consolateur.
– Je ne parle pas de ça. Morgane ne souriait plus, elle semblait agacée par cette conversation qui la mettait mal à l’aise. Il y a vingt-cinq ans, quand j’ai disparu de la surface, je suis parti en laissant Jupiter seul. Je ne sais pas ce qu’il t’a dit suite à ma disparition, mais je l’ai laissé seul durant un combat avec une Aura Noire. J’ai préféré suivre Phenyxia, qui s’enfuyait. Jupiter m’a vu partir, il s’est arrêté un instant pour me regarder, j’ai vu dans ses yeux qu’il voulait que je l’aide. Cet instant lui a couté cher. Il n’avait même pas le niveau d’un membre de l’académie, que ça soit en magie ou en combat physique. L’Aura Noire lui a planté son épée dans le ventre. Jupiter a crié mon nom, mais j’ai continué de poursuivre Phenyxia. J’ai entendu par la suite qu’il n’en était pas mort, mais je n’ai jamais osé retourner le voir, conclut Morgane.
– Quand on la retrouvé, il venait de décapiter l’Aura Noire avec l’épée qu’il avait récemment eut. Il se tenait debout, comme si rien ne s’était passé. Il n’était pas blessé et on sentait une puissance différente de d’habitude. Durant les années qui suivirent, il devint le sauveur de quelques cités, les délivrant des sous-fifres des Elites Noires.
– J’ai entendu ses exploits, rajouta Morgane, il est incroyablement puissant pour un humain…
– Ses amis sont aussi très puissants, ils pourraient rivaliser avec les meilleures Auras Noires.
– Les humains semblent avoir un pouvoir spécial dirait-on.

Les deux femmes rirent quelques instants, puis allèrent déjeuner ensemble, Morgane semblait plus souriante que la veille, et pour ça, Alanya savait que son ancienne amie revenait à elle.

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